Le Floch se dédouane sur l'Etat

Par AFP, le 01 avril 2003 à 18h30 , mis à jour le 01 avril 2003 à 19h45

Après les révélations sur le financement des partis politiques, la journée de mardi a été marquée par un retour au dossier et aux faits reprochés. L'ancien PDG a expliqué que le renflouement du groupe Biderman avait été réalisé à la demande du gouvernement.

Elf Le Floch-Prigent procès © INTERNE

Sûr de lui, visiblement requinqué par ses dernières déclarations sur la caisse noire d'Elf, Loïk Le Floch-Prigent a assuré que "le dossier Bidermann n'est pas un dossier issu de (son) amitié pour Maurice Bidermann", mais bien une opération pilotée par "les pouvoirs publics".

Au début des années 1990, le groupe textile, alors propriétaire de marques prestigieuses comme Ralph Lauren, Yves Saint-Laurent, Daniel Hechter ou Courrèges, prend l'eau après s'être aventuré aux Etats-Unis. En 1992, sa dette s'élève à 2 milliards de francs, pour un chiffre d'affaires de 4 milliards. C'est dans ce contexte que Pierre Bérégovoy, alors ministre de l'Economie, demande à Elf de "faire une intervention" pour Bidermann, raconte Loïk le Floch-Prigent. Demande, dit-il, relayée par "un courrier" de Dominique Strauss-Kahn, ministre à l'Industrie et au Commerce extérieur.

"Elf est alors entré dans Bidermann, à la demande du pouvoir politique. A l'époque, le fait pour un groupe pétrolier d'intervenir dans un domaine qui n'est pas le sien n'était pas rare : c'est ainsi Total qui a créé Buffalo Grill", souligne l'ancien PDG.

Par amitié ?

Problème : le tribunal ne reproche pas à l'ancien PDG les investissements d'Elf dans le groupe Bidermann - par des prises de participation notamment - mais certains circuits empruntés pour aider le groupe de textile, notamment deux prêts d'Elf Gabon (de 80 et 83 millions de francs) qui s'apparentent, selon les juges, à des abus de biens sociaux.

A l'époque en charge d'Elf Gabon, André Tarallo explique qu'il avait versé cet argent "à la demande" de Loïk Le Floch-Prigent, qui lui avait suggéré d'agir "dans la plus totale discrétion". "Il y a eu une incompréhension entre moi et André Tarallo. Moi je lui ai dit +il faudrait que nous aidions Maurice Bidermann avec nos amis gabonais+, lui a compris +Elf Gabon+", a poursuivi Le Floch-Prigent. Il a cependant reconnu avoir aussi requis "la discrétion", ajoutant aussitôt :

Lors de l'instruction, plusieurs témoins avaient souligné la "proximité" entre Le Floch et Bidermann, le premier siégeant en tant qu'administrateur dans la société du second, de 1989 à 1991, soit en même temps qu'il présidait Elf. "Il considérait M. Bidermann comme son frère. On ne refuse rien à un frère", avait même raconté un cadre d'Elf durant l'enquête. Une "amitié" aujourd'hui minimisée par Le Floch-Prigent, qui s'applique par exemple à démentir énergiquement que Maurice Bidermann ait été témoin de son second mariage.

Prochaine audience mercredi après-midi.

(photo afp : Loïk Le Floch-Prigent)

Par AFP le 01 avril 2003 à 18:30
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