Elf : "Dédé la Sardine", Françoise Sagan et Mitterrand

Par (avec afp), le 12 mai 2003 à 19h55 , mis à jour le 12 mai 2003 à 20h26

L'homme d'affaires André Guelfi était entendu lundi pour la première fois. Au cours de son audition, transformée en show, il a notamment expliqué comment il avait payé la romancière pour approcher le président de la République.

[Expiré] [Expiré] andré guelfi © AFP

La première audition d'André Guelfi, dit "Dédé la Sardine", était très attendue. Les observateurs du procès Elf n'ont pas été déçus. Fidèle à son image de bateleur volontiers fanfaron, l'homme d'affaires a en effet gratifié lundi le tribunal correctionnel de Paris d'un show à sa sauce. Si la forme était là, c'était loin d'être le cas pour le fond et il n'a pas réussi à convaincre de la réalité de ses prestations pour Elf.

Agé de 84 ans, l'ancien intermédiaire avait passé avec le groupe pétrolier de juteux contrats officiellement liés à des opérations menées dans l'ex-URSS, notamment en Ouzbekistan et en Russie, qui lui avaient permis de récolter entre avril et juillet 1993 un total de 45 millions de francs.

"Maître du monde"

Quels étaient ses contacts ? "Je connaissais tous les responsables. C'est grâce à moi que la Russie a eu les JO en 1980 (...) Depuis cette époque là ils ont une reconnaissance éternelle", lance ce proche de l'ancien-patron du Comité international olympique Juan Antonio Samaranch. "J'étais le maître du monde dans le sport", ajoute l'ex-repreneur du Coq Sportif, qui se rappelle notamment avoir fait construire en Russie "une piscine olympique" avec l'argent d'Elf pour complaire aux potentats locaux.

Le président Michel Desplan lui demande s'il peut fournir au tribunal des "notes" ou des "rapports" attestant de ces prestations. "Ce n'est pas mon genre M. le président. Moi je dis : +je fais ça, tu me paies quand le travail est fait+", répond André Guelfi avec son accent pied-noir hérité de sa jeunesse au Maroc.

"Mon cher André"

En milieu d'audition, il relate dans quelles conditions il a rémunéré l'écrivain Françoise Sagan, qui n'a jamais été poursuivie dans ce dossier, pour approcher François Mitterrand. J'avais demandé à Françoise Sagan, c'était une amie, et je savais qu'elle était très intime avec le président de la République : +si tu peux t'arranger à ce que ton ami Mitterrand maintienne Le Floch jusqu'à la fin de son mandat, moi je te donne 50 % de mon bénéfice en Ouzbekistan+", raconte-t-il.

Pendant l'instruction, André Guelfi avait affirmé que le PDG lui avait donné son accord pour cette opération. "Si j'ai vraiment dit cela, j'ai fait une erreur" déclare-t-il à la barre. La greffière prend note de cette énième contradiction. Le président lit ensuite des extraits d'un courrier daté du 2 mars 1993 adressé par Françoise Sagan à André Guelfi. Dans cette lettre, qui débute par "Mon cher André", l'écrivain évoque des accords avec lui liés à l'Ouzbekistan mais ne fait aucune mention du mandat de Loïk Le Floch-Prigent à la tête d'Elf. "Elle n'a pas voulu dire la vérité" commente "Dédé la Sardine", qui a affirmé avoir versé "en tout, 14 millions de francs" à la romancière.

(photo afp : André Guelfi à son arrivée au Palais de Justice, ce lundi)

Par (avec afp) le 12 mai 2003 à 19:55
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