© INTERNEDécembre 1995. Les Français redécouvrent pendant trois semaines les joies de la marche à pied. Sous la neige. L'opinion ne bronche pas et les automobilistes bloqués par le mouvement social semblent faire corps avec les cheminots. Une expression apparaît alors chez les commentateurs : les salariés du secteur privé font "grève par procuration". Mécontents du plan Juppé, ils ne pourront le dire que plus tard dans les urnes mais sont satisfaits de la lutte de leurs confrères du public.
Cette efficace répartition des rôles va-t-elle se reproduire en ce mois de mai ? C'est la hantise de Jean-Pierre Raffarin qui prépare depuis des semaines l'opinion à le soutenir dans sa réforme des retraites. Contre les syndicats et contre les fonctionnaires à qui cette réforme demande le plus d'efforts. Deux sondages publiés ce week-end ont de quoi le contrarier. Ils indiquent en effet qu'une large majorité de Français approuve la grève de mardi et plus largement la mobilisation de la fonction publique contre cette réforme.
57% contre la réforme des retraites
Selon un sondage Louis Harris-AOL-Libération paru lundi, 57,9% des Français estiment que la réforme des retraites ne va "pas dans le bon sens", contre 38,2% qui la voient d'un bon œil. A part l'alignement de la durée de cotisation du secteur public sur le privé, toutes les autres mesures du plan gouvernemental sont rejetées par l'opinion.
Plus largement, les Français estiment majoritairement que la politique sociale du gouvernement Raffarin, en matière de chômage, de retraites et d'éducation va "dans le mauvais sens", à l'exception de la politique familiale. Dans la même enquête, une large majorité (64%) apporte son soutien à la mobilisation syndicale prévue mardi, 20% se disent indifférents à ce mouvement et 15% s'y déclarent hostiles. Même enseignement d'un sondage effectué par l'Ifop pour Ouest France, une minorité des Français (21%) a l'intention de participer aux manifestations mais une majorité (53%) affirme soutenir cette action.
Si les Français n'approuvent donc pas la réforme des retraites de Raffarin, ils réitèrent toutefois leur souhait de voir s'instaurer un service public minimum, selon une enquête BVA/Contribuables Associés. Cette pratique "systématique de la prise d'otage des usagers" suscite le mécontentement de la très grande majorité des personnes interrogées (81%). Elles n'hésiteraient pas, si elles étaient députés, à voter une proposition de loi visant à garantir un service minimum dans les services publics en cas de grève.
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