Les membres présumés du groupe des anonymes

Par Philippe MATHON, le 30 mai 2003 à 18h57 , mis à jour le 02 juin 2003 à 11h08

Les huit nationalistes jugés pour l'assassinat du préfet Erignac étaient organisés en deux groupes : les "opérationnels" basés en Corse-du-Sud et les "intellectuels", auteurs présumés des revendications, installés en Haute-Corse.

erignac trombinoscope afp © INTERNE

Ils sont agriculteurs, professeurs, comptable ou employés d'une société de location de voitures. Leur point commun : ils auraient tous, d'une façon ou d'une autre, participé à l'assassinat du préfet Erignac.

- Alain Ferrandi : le "meneur"
Né le 21 juillet 1960 à Bastia (Haute-Corse). Fils d'un militaire de carrière et frère d'un brigadier de police de Bastia (Haute-Corse). Après avoir été agriculteur, il devient chef d'agence de l'enseigne de


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location de voiture Hertz à l'aéroport d'Ajaccio (Corse-du-Sud).

Passé nationaliste : réputé proche d'A Cuncolta Independentista et très impliqué dans le monde agricole insulaire, il devient le porte-parole du Syndicat corse de l'agriculture. Il se fait connaître à l'occasion de nombreux coups de force : en 1989, il participe à l'occupation des locaux de la chambre d'agriculture de Corse-du-Sud et, en 1991, il est condamné à 3 mois de prison avec sursis pour l'enlèvement d'Aurélien Garcia, le commissaire au développement économique de la Corse.

Au deuxième trimestre de l'année 1997, il est à l'initiative de la création du commando Erignac.

Son rôle présumé le jour du meurtre : il supervise l'assassinat du préfet. A 20h56, le 6 février 1998, il est informé par Didier Maranelli que Claude Erignac vient de quitter la préfecture. Présent sur les lieux de l'assassinat, il reste en retrait au cas où Yvan Colonna et Pierre Alessandri aient besoin de renfort. A 21h05, au moment où Claude Erignac s'effondre, mortellement atteint, Ferrandi quitte les lieux du drame en compagnie de ses comparses Les trois hommes rejoignent leur "chauffeur", Martin Ottaviani, et quittent Ajaccio pour regagner Alata, un village perché où vit Ferrandi. Dans sa chambre, le commando allume la radio : les flashs annoncent déjà ce "crime d'Etat".

L'enquête : en pleine nuit, dimanche 23 mai 1999, après 48 heures de garde à vue, il passe sous le feu croisé des questions des enquêteurs de la Division nationale antiterroriste. Confronté aux premiers aveux de Didier Maranelli et à l'analyse des son téléphone portable le soir du meurtre, il reconnaît être "pour partie le dirigeant au niveau idéologique" du groupe.

En revanche, il a toujours refusé de s'expliquer sur l'existence présumée d'une "cellule du nord" ou "groupe d'en haut", avec qui il aurait été en contact pour préparer les opérations clandestines.

- Pierre Alessandri : le "soutien du tireur"


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Né le 1er juillet 1958 à Ajaccio (Corse-du-Sud). A repris la distillerie de plantes aromatiques du maquis créée par son père.

Passé nationaliste : après avoir adhéré au syndicat corse de l'Agriculture, il rejoint A Cuncolta Naziunalista où il s'occupe de la commission "Environnement". Il quitte le militantisme en 1995, écœuré par les luttes fratricides entre mouvements nationalistes.

Au deuxième trimestre de l'année 1997, il rejoint le groupe de militants qui composera le commando Erignac.

Son rôle présumé le jour du meurtre : il joue en quelque sorte le rôle de "doublure" d'Yvan Colonna, l'assassin présumé du préfet. Munis de son pistolet automatique de 9 mm, il était à ses côtés au moment des faits. En prenant la fuite après les coups de feu, il a laissé tomber son arme, l'obligeant à revenir sur ses pas afin de la récupérer.

Arrivé au domicile de leur "chef", Alain Ferrandi, il est parti dans le maquis durant deux ou trois heures en compagnie d'Yvan Colonna, craignant d'avoir fait une erreur.

L'enquête : après être passé aux aveux lors de sa longue garde à vue le 21 mai 1999, Alessandri est revenu partiellement sur ses déclarations le 26 octobre 2000 en affirmant qu"Yvan Colonna n'était pas sur les lieux du crime".

- Didier Maranelli : le "guetteur"


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Né le 2 août 1964 à Toulon (Var). Comptable au sein du groupe Nouvelles Frontières à Calcacoggio (Corse-du-Sud), près de Cargèse, il était très apprécié par ses collègues de travail, refusant notamment une augmentation afin qu'elle soit donnée à son adjoint.

Passé nationaliste : Après avoir milité à l'Union du peuple corse (UPC) de 1990 à 1992, il rejoint la section de Corse-du-Sud Cargese-Sagone d'A Cuncolta Naziunalista, la vitrine légale du FLNC-Canal historique et fait ainsi la connaissance de plusieurs membres présumés du commando Erignac : Yvan Colonna, Marcel Istria et Pierre Alessandri. En 1995, au plus fort des affrontements fratricides entre groupes nationalistes, il quitte le mouvement en signe de protestation.

Au cours du deuxième trimestre 1997, sollicité par Alain Ferrandi pour participer à un groupe clandestin, il participe à une première réunion en compagnie de la plupart des membres présumés du commando Erignac et constate une "même ligne de pensée". "C'est en discutant entre nous que nous sommes arrivés à la conclusion que la seule solution à la situation politique était malheureusement de créer un électrochoc en faisant quelques actions symboliques", déclare-t-il au juge Le Vert, le 8 décembre 2000.

Son rôle présumé le jour du meurtre : le 6 février en fin d'après-midi, il est envoyé en éclaireur pour vérifier l'absence de contrôle routier sur la route qu'allait emprunter le commando. Il se rend ensuite à la terrasse du "Bistrot du Cours", un établissement offrant une vue imprenable sur la Préfecture. C'est lui qui donnera le "top départ" à Alain Ferrandi lorsque le préfet Erignac quittera la préfecture.

L'enquête : placé en garde à vue depuis près de 30 heures, le 22 mai 1999 à 20h00, il craque : "Je reconnais avoir participé à l'assassinat de monsieur Claude Erignac en tant que membre d'une association de malfaiteurs à caractère terroriste". Il précise : "Yvan Colonna était chargé d'abattre le préfet". Il reviendra sur ses accusations au courant de l'année 2001.

- Jean Castela : "l'idéologue"
Né le 28 juillet 1959 à Nice. Professeur d'histoire-géo à l'Université de Corte, pionnier du syndicalisme enseignant sur l'île de Beauté, il est initié au nationalisme par le redouté bastiais Charles Pieri. Il est considéré comme le "cerveau" du commando Erignac appelé aussi le "groupe des anonymes" et aurait dirigé la "cellule du Nord". Les enquêteurs lui prêtent la paternité des textes de revendications des différents attentats perpétrés par les anonymes. Les enquêteurs ont trouvé chez lui un petit cahier décrivant le dispositif de sécurité de plusieurs rectorats et inspections académiques du continent. Depuis le début de l'affaire, l'accusé nie tout en bloc. Dans l'affaire Erignac, il a été remis en liberté mais reste cependant incarcéré pour une série d'attentats remontant à 1994 (Mende, Vichy, Strasbourg…).

Victime d'un grave accident cardiaque en prison, il est aujourd'hui très diminué et pourrait comparaître dans une chaise roulante.

- Vincent Andriuzzi : "l'autre idéologue"


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Né le 16 septembre 1955 à Bastia. Professeur de maths au lycée de Lucciana, il aurait assuré un contact régulier avec le "patron" de la cellule du Sud, Alain Ferrandi, le chef présumé du commando. Pour sa défense, Andriuzzi invoque son activité professionnelle et son lien de famille avec l'employeur de Ferrandi.

Ami de longue date de Jean Castela, il nie également toute implication dans le meurtre du préfet.

- Marcel Istria


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Né le 8 décembre 1956 à Ajaccio. A multiplié les petits boulots (agent d'entretien dans un hôtel, plagiste, épicier ou employé de camping) avant de devenir vigile dans le garage de la société Hertz, à Baleone, dans la zone industrielle d'Ajaccio.

Peu loquace durant l'instruction, il se serait cantonné à réceptionner le commando après l'assassinat.

- Martin Ottaviani
Né le 5 avril 1968 à Ajaccio. Il a joué le rôle de "chauffeur" pour les membres du commando.

- Joseph-Antoine Versini
Né le 27 avril 1958 à Christinacce. Cet éleveur de porc était d'accord pour participer à l'opération mais il n'a finalement pas été retenu pour faire partie du commando, du fait de l'éloignement de son domicile.

Par Philippe MATHON le 30 mai 2003 à 18:57
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