© INTERNEPrès de quatre ans et demi après les faits, la justice française juge à partir d'aujourd'hui à Paris les membres présumés du commando qui a assassiné Claude Erignac, le préfet de la Région Corse. Placé sous haute surveillance policière, le procès va tenter de percer "sereinement" le mystère de ces nationalistes qui, avant ce passage à l'acte "symbolique" - le mot revient à chaque audition -, avaient déjà perpétré plusieurs attentats sur le continent (Mende, Nice, Paris, Vichy et Strasbourg) et attaqué une gendarmerie à Pietrosella (Corse-du-Sud). Avec, à chaque fois, les mêmes revendications : des actions violentes du "peuple corse" dirigées contre "l'Etat français".
Tout au long des 100.000 pages du dossier d'instruction, les magistrats ont tenté de mettre à jour l'imbrication de deux cellules activistes sur l'île. Dans le Sud, le commando "opérationnel" qu'aurait Alain Ferrandi avec Didier Maranelli, Martin Ottaviani, Pierre Alessandri, Marcel Istria et Joseph Versini. Au Nord, les "intellectuels" Jean Castela et Vincent Andriuzzi, accusés d'être les "inspirateurs" des opérations.
Rivalités policières
Avant de parvenir à l'identification du commando Erignac, les enquêteurs ont longtemps tâtonné, s'engageant au départ sur de mauvais chemins. Si la piste de jeunes maghrébins a rapidement été écartée, l'hypothèse d'une action provenant du milieu agricole insulaire a longtemps été privilégiée, alimentée par de fausses lettres de revendication. A la fin de l'année 1998, Bernard Bonnet, le successeur de Claude Erignac, avait transmis les noms de membres présumés du groupe grâce à un "tuyau" d'un informateur qu'il baptisait Corte. Mais durant plusieurs mois, ces informations confidentielles étaient restées lettre morte au Palais de justice de Paris. L'enquête a également été émaillée de nombreux incidents entre policiers et gendarmes dont les rivalités n'ont pas toujours facilité l'enquête. Des errements que les avocats des nationalistes ne manqueront pas de souligner durant le procès.
Au début de l'année 1999, les choses s'accélèrent : les enquêteurs obtiennent des opérateurs téléphoniques le listing de 3.682 communications échangées à Ajaccio le 6 février 1998, entre 20h10 et 21h40. Les identités du "groupe du Sud" apparaissent alors au grand jour. Mais lors des interpellations, l'un d'eux leur glisse entre les mains. Yvan Colonna, le tireur présumé, prend la fuite le 23 mai 1999, au moment même où certains membres du commando l'accablent devant les policiers. Au sommet de l'Etat et dans la hiérarchie policière et judiciaire, l'affaire fait jaser. Jean-Hugues Colonna, père d'Yvan, n'est-il pas un ancien député des Alpes-Maritimes et conseiller technique du ministre de l'Intérieur pour les affaires corses ? Cette proximité avec le pouvoir n'aura cessé d'entretenir les rumeurs sur d'éventuelles complicités ayant permis au fuyard d'échapper aux recherches, sans qu'aucune preuve ne soit jamais apportée.
Il y a trois semaines, la publication d'un texte dénonçant un "procès politique" et signé par de nombreuses personnalités insulaires comme les nationalistes Edmond et Max Simeoni ou Jean-Guy Talamoni avait beaucoup choqué les esprits. Tous trois auront l'occasion de préciser leur pensée à l'audience où ils sont cités comme témoins par un avocat de la défense. Pour Nicolas Sarkozy, le commando se résume à des "assassins de grands chemins qui ne sont rien d'autre que des assassins de droit commun".
Le verdict de la cour d'assises spéciale de Paris sera connu après la consultation sur le nouveau statut de la Corse le 6 juillet, selon un planning indicatif annoncé lundi par le président de la cour.
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