© INTERNEDEUX PROSTITUEES PARLENT
Le nouveau volet de l'affaire Alègre éclate le 8 février 2003. Une ancienne prostituée de 33 ans qui répond au nom de code "Patricia" lance une "bombe" aux gendarmes. Elle raconte les circonstances du meurtre de l'une de ses collègues de trottoir, Line Galbardi, en janvier 1992. Selon elle, Patrice Alègre en est l'auteur. Comme c'est lui qui se serait chargé d'éliminer une autre prostituée surnommée "La puce".
Au fil de ses déclarations, Patricia fait d'Alègre l'homme de main d'un réseau de prostitution protégé par plusieurs "policiers ripoux". Elle cite plusieurs noms et affirme qu'elle leur aurait régulièrement remis des enveloppes d'argent. Ensuite, elle évoque la tenue de soirées sado-masochistes qui se serait déroulées dans une chambre d'hôtel de Toulouse "avec Dominique Baudis", l'ancien député-maire de Toulouse et actuel président du CSA, entre l'automne 1990 et janvier 1992. Elle livre les noms de nombreux magistrats de la ville ainsi que des policiers de la brigade de sûreté urbaine. Selon Patricia, le château d'Arbas, appartenant à la municipalité de Toulouse, et l'appartement d'un proxénète aurait également été le théâtre de ces soirées.
Fanny, une collègue de Patricia, retrouve à son tour la parole. Elle affirme avoir eu "un enfant" avec un magistrat "tatoué sur le bras". Elle cite un nouvel endroit, la "maison de Noé", une bâtisse situé sur la commune de Mauzac (Haute-Garonne), qui aurait abrité d'autres soirées de débauche.
L'ENQUETE S'EMBALLE
Ces informations restent confidentielles jusqu'au 1er avril, date à laquelle le témoignage de Patricia sort dans la presse. Mais pas un mot sur Dominique Baudis.
Le procureur de la République de Toulouse annonce l'ouverture d'une information judiciaire "contre Patrice Alègre et tous autres" pour "viols aggravés et complicité" et "proxénétisme en bande organisée". Un mois plus tard, le juge Lemoine provoque une confrontation entre Patricia, Fanny et Patrice Alègre. Celui-ci nie catégoriquement les déclarations de ses anciennes relations, mais lâche le nom d'un ancien "substitut du procureur" de Toulouse, Marc Bourragué, avec qui il aurait "bu un apéritif".
Le 18 mai, Dominique Baudis révèle au 20 heures de TF1 que son nom a été "cité" dans l'enquête. Il dénonce "une effarante machination" ourdie par le "lobby pornographique" . Quelques jours plus tard, il déposera plainte pour diffamation contre Patricia.
Les jours qui suivent s'avèrent surréalistes. Le 27 mai, le procureur général de la cour d'appel de Toulouse, Jean Volff, révèle qu'une ex-prostituée l'accuse d'avoir "participé à des séances sado-masochistes". Le lendemain, c'est au tour du substitut général, Jean-Jacques Ignacio, de dénoncer à son tour sa mise en cause dans le dossier. L'affaire sème le trouble dans les milieux politico-judiciaires, à tel point que le ministre de la Justice, Dominique Perben, remplace Jean Volff par le procureur de Créteil, Michel Barrau.
Le 30 mai, Patrice Alègre revient sur ses dénégations et avoue avoir assassiné Line Galbardi ainsi qu'un travesti, Claude Martinez. Selon La Dépêche du Midi, il aurait désigné au juge Lemoine deux commanditaires pour chacun des meurtres.
DES POLICIERS INTERROGÉS
Le 5 juin, le juge Lemoine procède à l'audition - comme simple témoin - de Gérard Authier, un ancien commissaire qui dirigeait les services d'investigation du commissariat central de Toulouse dans les années 1990, et deux de ses collègues.
Parallèlement, un capitaine de police à la sûreté urbaine de Toulouse, Charles Zalduendo, décide de porter plainte en diffamation contre Paris-Match et Le Parisien/Aujourd'hui en France, qui l'ont tous deux cité comme étant impliqué dans l'affaire.
UNE AUTRE "FILLE" DEMENT
Alors que les déclarations de Patricia et Fanny font la "une" des journaux, le témoignage d'une autre prostituée toulousaine achève de semer le trouble. "Laurence", 28 ans, dit avoir vécu en 1992 pendant 3 mois avec Patrice Alègre. Une proximité qui lui permet de dire, dans Le Point du 6 juin, que Fanny et Patricia "en rajoutent". "Je ne connaissais pas Patricia auparavant, mais je sais qu'elle ment sur des points précis. Fanny, elle, je l'ai rencontrée dans les foyers, elle a toujours été comme ça, à raconter plus", assure-t-elle, affirmant n'avoir jamais participé à la moindre soirée sado-masochiste, ni avoir rencontré Dominique Baudis ou un quelconque magistrat.
En revanche, elle aurait confirmé dans le bureau du juge Lemoine les accusations de Fanny et Patricia à l'encontre certains policiers.
LE "CHAUDRON" TOULOUSAIN
L'irruption du nom de Dominique Baudis a fait monter d'un cran la température dans la ville rose. L'ancien député-maire dépense beaucoup d'énergie pour tenter de "démasquer" la gorge profonde qui aurait alimenté la rumeur sur son nom. Il développe un argumentaire pour le moins déstabilisant. Après le "lobby pornographique", il évoque "une machination d'anciens syndicalistes FO du service social de la ville de Toulouse coupables d'escroquerie", contre lesquels il s'était porté partie civile.
Dans un second temps, il dénonce la thèse d"un complot politique", accusant la famille Baylet, et notamment Jean-Michel Baylet, le patron de la Dépêche du Midi et figure locale de la gauche, "d'avoir mis en place une cellule spéciale chargée de remuer des affaires et de le déstabiliser". Selon Le Monde, l'ancien maire de la Ville Rose "est aussi convaincu que le successeur qu'il s'était choisi à la mairie, Philippe Douste-Blazy, alimente la rumeur contre lui".
Un détail qui illustre le climat délétère qui s'est installé à Toulouse ces dernières semaines :Xavier Eychenne, un militant salarié de l'UMP affecté à la mairie de Toulouse, a été licencié pour "rupture de confiance et exclu de l'UMP pour avoir tenu activement des propos calomnieux à l'égard de Dominique Baudis et de son épouse". Lors d'un dîner privé, il se serait répandu sur le thème "Tout ce que disent les journaux est vrai", selon Libération et le Monde. Un discours insupportable pour Baudis qui aurait réclamé sa tête au député-maire et secrétaire général de l'UMP Philippe Douste-Blazy.
Photo : Patrice Alègre.
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