Début du procès Erignac

Par Philippe MATHON, le 02 juin 2003 à 20h57 , mis à jour le 02 juin 2003 à 22h45

Le procès des assassins présumés du préfet de la région Corse a débuté lundi à Paris. Prévu initialement jusqu'au 2 juillet, il devrait s'achever aux alentours du 10, soit quelques jours après le référendum en Corse.

veuve erignac proces © INTERNE

Elle est arrivée en avance à l'audience. Dans la cour d'assises spéciale du Palais de justice de Paris, Dominique Erignac, la veuve du préfet de Corse assassiné le 6 février 1998, écoute attentivement ses enfants Charles-Antoine, 25 ans, et Marie-Christophine, 30 ans. Elle sourit, parfois. Ses proches l'entourent comme pour former une carapace et la préparer à supporter les moments difficiles de ce procès. Les impressionnantes piles du dossier d'instruction relatif à ce "groupe des anonymes" trônent derrière le président Jacob, soit plus de 100. 000 pages sur les hommes qui, avant d'assassiner le représentant de l'Etat français sur l'île, avaient déjà commis pas moins de six attentats : trois en 1994 à Mende (Lozère), Nice (Alpes-Maritimes) et Paris, ainsi que trois autres perpétrés en 1997 à Strasbourg (Bas-Rhin), Vichy (Allier) et Pietrosella (Corse du Sud).

"Faites entrer les accusés", lance le président Jacob. Une véritable chape de plomb s'abat alors sur la salle. Dans un silence pesant, l'ensemble des prévenus prend place face à Dominique Erignac. Première confrontation pour une veuve qui disait ne ressentir aucun "sentiment de vengeance" à l'égard des assassins de son mari. Mais pour l'heure, son regard fixe imperturbablement le sol. Elle les dévisagera un peu plus tard dans l'après-midi pour s'étonner avant tout de "l'âge des accusés", selon son avocat, Philippe Lemaire. Aucun incident n'est venu perturber l'audience.

Témoins aux abonnés absents

De prime abord, le "commando Erignac" semble bien hétéroclite. Il y a les "costauds" Alain Ferrandi, Martin Ottaviani, et Didier Maranelli, bronzés, allure et tenue sportive, les "affaiblis" Vincent Andriuzzi et surtout Jean Castela victime d'un malaise cardiaque en prison en mai 2002. Il y a aussi l'énigmatique Pierre Alessandri, un "exploitant agricole" avec un physique de colosse et un regard doux. Deux autres prévenus, Marcel Istria et Joseph Versini, semblent beaucoup plus empruntés, comme éberlués d'être dans une enceinte de justice dont ils ne cessent de scruter les coins et les recoins. Pourtant, selon l'accusation, tous ont joué un rôle dans l'assassinat du préfet Erignac, le 6 février 1998 à Ajaccio. Trois autres prévenus complètent la liste des accusés : Jean-Philippe Antolini qui étonne par sa grande déconctraction, Stéphane Monti et Benoît Fustier. Après avoir brièvement répondu aux questions du président sur leur identité, l'ensemble des prévenus resteront muets tout au long de l'après-midi, surveillés par pas moins de 21 gendarmes mobiles. "Il faudra expliquer dans cette enceinte pourquoi, à un moment donné, des personnes socialement intégrées ont basculé", a affirmé lors d'une suspension d'audience Me Stagnara, avocat de plusieurs accusés.

Cette première journée d'audience fut consacrée à l'appel des témoins – pas moins d'une centaine – cités par les parties. Problème : plusieurs dizaines d'entre eux n'ont pas jugé bon de faire le déplacement ou ont fait valoir des certificats médicaux, notamment pour "état de sénilité" provoquant des "défaillances de mémoire" ou encore "une dépression anxieuse contre-indiquant un déplacement à Paris en cour d'assises", selon le président de la cour. Mais celui-ci ne s'en laisse pas conter et, de sa voix calme, multiplie les "ordres de recherche" par la police. Si le besoin s'en fait ressentir, il n'exclut pas de contraindre certaines personnes à venir témoigner. La famille Colonna, parente d'Yvan, l'assassin présumé du préfet Erignac, a répondu présent. Son frère Stéphane, sa sœur Christine et sa belle-sœur sont là. Son père viendra le jour de son interrogatoire. Dans une lettre envoyée au président de la cour, sa mère invoque en revanche une "maladie" qui ne lui permet pas de se déplacer. Une fois encore, le président demande à en savoir davantage sur cette maladie et exige "un certificat médical".

Procès allongé

En dévoilant lundi après-midi le planning du procès, la cour a officialisé ce qui se murmurait depuis plusieurs jours dans les couloirs du Palais de Justice : le procès sera beaucoup plus long que prévu initialement. Il devrait se terminer autour du 10 juillet, soit après le référendum sur le statut de la Corse programmé le 6. A la demande des avocats de la défense, la cour entendra le 3 juillet Jean-Guy Talamoni, chef de file de Corsica Nazione à l'Assemblée de Corse, et Edmond Siméoni, à l'origine d'un manifeste de réflexion sur le caractère politique de l'assassinat du préfet. Un procès jugé "un peu long" par maître Lemaire. "Ce rallongement tombe bien pour le gouvernement qui avait peur qu'un verdict prononcé quelques jours avant le référendum ne perturbe le scrutin insulaire", analyse un autre avocat.

Mardi, la cour entamera l'examen des personnalités des accusés.

Photo d’ouverture : Dominique Erignac, la veuve du préfet assassiné, lundi, à l’audience - DR

Par Philippe MATHON le 02 juin 2003 à 20:57
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