© INTERNEIl sera absent du box des accusés mais omniprésent dans les débats : Yvan Colonna, tueur présumé du préfet Erignac, échappe depuis quatre ans aux enquêteurs qui désespèrent de mettre fin à la cavale de "l'homme le plus recherché de France".
Le berger de Cargèse (Corse-du-Sud) a été vu partout mais trouvé nulle part depuis qu'il a pris la fuite le 23 mai 1999. "Où se trouve-t-il? Franchement, on ne sait pas", reconnaît, quatre ans après, un enquêteur à Ajaccio. Dans la police, nombreux sont ceux à parier qu'il est en Corse, une île dont il connaît parfaitement les us et coutumes. "Rester caché en Corse plusieurs années n'est pas impossible. Des centaines d'hommes l'ont prouvé au cours de l'histoire", affirme un militant nationaliste, pour qui l'île "a gardé toutes les qualités requises: grande, escarpée, peu peuplée et une population qui possède toujours le sens de la solidarité".
Passé nationaliste
Les enquêteurs ont d'ailleurs recueilli peu d'informations dans l'île alors que les témoins ayant cru le voir sur le continent ou à l'étranger ont été légion, des îles de l'Archipel de Vanuatu, jusqu'en Afrique, mais aussi au Venezuela ou au Costa-Rica. Sans oublier la Côte d'Azur ou la Sardaigne. A chaque fois, des vérifications ont été faites. En vain. En Corse, certains affirment, sans évidemment le prouver, qu'Yvan Colonna a récemment donné signe de vie. En quatre ans, il ne s'est pourtant exprimé qu'une seule fois: une lettre manuscrite postée le 19 décembre 2000 depuis Charenton-le-Pont (Val-de-Marne) et publiée par la presse, dans laquelle il affirme ne pas avoir "participé" à l'assassinat du préfet. Plusieurs accusés au procès ont d'ailleurs tenté depuis de le disculper devant le juge.
Né à Ajaccio en 1960, Yvan Colonna est présenté comme "un militant nationaliste de la première heure", plutôt tendance "pure et dure", par des personnes l'ayant connu. Après une jeunesse à Nice, un bac B et des études pour devenir professeur d'éducation physique, il décide de "revenir au pays" en 1981. La même année, son père, Jean-Hugues est élu député socialiste des Alpes-Maritimes avant d'entrer au ministère de l'Intérieur comme conseiller. Installé à Cargèse, Yvan alterne les petits boulots puis se lance dans l'élevage de chèvres. Il milite dans des mouvements nationalistes, notamment A Cuncolta naziunalista, l'organisation politique du FLNC. Les policiers le soupçonnent de participer à une série d'attentats mais son casier judiciaire reste vierge. L'éclatement de la famille nationaliste en 1990 semble le décevoir. Il avait alors donné l'impression de se ranger, entre son travail, l'équipe de football de Cargèse et son fils, prénommé Jean-Baptiste en hommage à un militant du FLNC tué en 1987.
Photo : Yvan Colonna (TF1), le 22 mai 1999.
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