Les Corses pas si divisés ?

Par , le 05 juillet 2003 à 18h58 , mis à jour le 06 juillet 2003 à 11h56

Alors que la Corse doit se prononcer par référendum sur son avenir institutionnel ce dimanche, un ouvrage donne la parole à une vingtaine de personnalités sur les grands défis pour l'île.

corse littoral © INTERNE

Dominique Lanzalavi et Emmanuel Bernabéu-Casanova publient un recueil d'entretiens avec une vingtaine de personnalités corses issues des milieux politiques, académiques ou associatifs (1). Alors que la Corse doit se prononcer par référendum sur son avenir institutionnel ce dimanche, l'ouvrage offre un tour de table sans détours sur les questions de l'indépendance, de l'économie, de la culture ou de la violence. De quoi se faire une opinion.

Parmi les interviewés, José Rossi (UMP), Jean-Guy Talamoni (Corsica Nazione), Emile Zuccarelli (PRG) mais aussi le chanteur Jean-Claude Acquaviva, le président de l'université de Corse Antoine Aiello, le professeur d'histoire et maire-adjoint communiste de Bastia, Ange Rovere.

tf1.fr : A l'issue de ces 21 entretiens, constatez-vous une forte division de vos interlocuteurs sur la question fondamentale de l'indépendance ?

Dominique Lanzalavi, journaliste : Il se dessine un courant fortement majoritaire rejetant massivement l'indépendance et favorable à une décentralisation, souvent avec un transfert des pouvoirs vers une assemblée unique qui rassemblerait les deux départements. Il existe néanmoins deux autres pôles. Le premier rejette l'autonomie qu'il considère comme l'anti-chambre de l'indépendance (par ex. Emile Zuccarelli, député-maire PRG de Bastia). Le second ne voit l'autonomie que comme une étape vers une nation corse souveraine (par ex., Jean-Guy Talamoni, Corsica Nazione). Cependant, malgré notre souci d'interroger des personnalités d'univers et de sensibilités politiques divers, nous ne prétendons pas dresser une carte scientifique de l'opinion des Corses.

tf1.fr : Comment expliquez-vous cette évolution des mentalités ?

D.L.: C'est vrai, il y a vingt ans, les élus de gauche et de droite ne voulaient même pas penser à l'autonomie. Sans doute la création de l'assemblée territoriale n'est-elle pas étrangère à ce changement d'opinion. Sans doute aussi s'est-on rendu compte qu'il était plus facile de s'occuper de la construction des routes à Bastia plutôt qu'à Paris. Il ressort aussi des entretiens que l'idée d'autonomie s'inscrit dans un mouvement plus large, national avec la décentralisation prônée par Raffarin, et européen, avec l'exemple catalan souvent cité.

tf1.fr : Avez-vous constaté un consensus sur certaines questions ?

D.L.: Nos interlocuteurs semblent penser unanimement que l'économie insulaire repose sur le développement du tourisme. Plus précisément, tous semblent rejeter le tourisme de masse et prôner un développement maîtrisé, de qualité, mettant en avant le patrimoine. L'idée est que mieux ce secteur se portera, mieux les Corses pourront développer leur agriculture, leur artisanat, l'habitat. La notion de tourisme identitaire est évoquée mais le terme identitaire à une résonance différente selon qu'on a affaire à un autonomiste ou à un indépendantiste. C'est la limite du consensus.

tf1.fr : Vous interrogez également les 21 personnalités sur le problème de la violence dans l'île.

D.L.: Là encore, l'unanimité existe pour rejeter cette violence. Sur sa justification, les causes et l'importance de ses conséquences sur l'économie par exemple, les avis divergent. Pour un Zuccarelli, la violence est la source de tous les maux. Nombreux sont ceux qui insistent pour distinguer la violence politique, loin d'être la plus répandue, de la violence ordinaire, celle des rackets, des jalousies personnelles. La plupart font remarquer qu'elle n'est pas propre à l'île et qu'on la retrouve dans les Bouches-du-Rhône, par exemple. Beaucoup font le pari que plus d'autonomie, plus de débat au sein de la Corse, permettront de favoriser les solutions politiques et feront taire les revendications indépendantistes.

tf1.fr : Vous constatez aussi une certaine communauté de vues sur la question culturelle. Mais elle semble moins ferme.

D.L.: La question de l'indépendance pollue le débat. Ainsi la plupart sont-ils en faveur d'un enseignement de la langue corse à l'école. Faut-il que cet enseignement soit obligatoire ? Certains sont clairement en faveur, les indépendantistes veulent même en faire une langue officielle. Mais on a aussi l'impression que quelques interlocuteurs rechignent à se prononcer pour le corse obligatoire, tout simplement pour ne pas donner raison aux indépendantistes. Finalement, on l'a assez répété, le référendum du 6 juin lui-même est faussé par cette question, toujours en arrière-fond, de la crainte de l'indépendance.

(1) "Corse, les voies de l'avenir", L'Harmattan, 245 p., 20 €

Par David Straus le 05 juillet 2003 à 18:58
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