La drogue du violeur en procès

Par Philippe MATHON, le 30 juillet 2003 à 06h49 , mis à jour le 29 juillet 2003 à 19h32

Première judiciaire en France : un homme va prochainement comparaître devant un tribunal correctionnel pour "agression sexuelle par soumission chimique". Il est accusé d'avoir violé une amie après lui avoir fait absorber du GHB, un puissant anesthésiant.

ghb drogue viol moscovici © INTERNE

Alice, la trentaine, et Jean, 46 ans (1), se connaissent depuis plusieurs années. Ils sont amis. Tous deux ont un travail, une vie de famille. Ce soir du 22 au 23 février 2001, Jean rend visite à Alice à son domicile de Seine-Saint-Denis. L'individu est venu avec une bouteille d'alcool. Il se rend dans la cuisine et remplit deux verres. Dix minutes après, Alice s'endort. A son réveil, le lendemain matin, elle se trouve à moitié dénudée et comprend qu'elle a été violée.

Après deux jours de réflexion, elle décide de porter plainte. La police intervient rapidement. Alice effectue immédiatement des analyses sanguines et urinaires qui ne décèlent rien d'anormal. Heureusement, la jeune femme a pris soin de conserver la bouteille et les verres. On décèle alors la présence de Gamma hydroxybutyrate de sodium, plus connu sous le nom de GHB ou "drogue du violeur". Une analyse capillaire effectuée sur la victime confirme qu'Alice a effectivement été droguée à l'aide de cet anesthésiant "Le GHB s'élimine dans le corps en quatre heures, mais dans les cheveux, le produit reste décelable beaucoup plus longtemps", explique Me Martine Moscovici, l'avocate d'Alice.

"En finir au plus vite avec ce calvaire"

Jean est incarcéré le 4 mars 2001 et effectue seize mois de détention préventive. Contre toute attente, il est libéré le en juillet 2002 et placé sous contrôle judiciaire. Interdiction lui est faîte de rentrer en contact avec Alice. Le dossier étant clos, la victime s'attend à en finir au plus vite avec cette histoire qui la ronge. Mais il lui faudra patienter encore une longue année avant de recevoir l'ordonnance de renvoi du juge d'instruction, le 08 juillet dernier. "Un an pour obtenir une ordonnance de renvoi, c'est un peu long", soupire Me Moscovici. L'avocate se dit tout de même "contente" qu' "enfin" une affaire mettant en cause un violeur par soumission chimique arrive devant un tribunal. "Désormais, il n'y a plus d'impunité pour ces personnes-là".

Du fait de la remise en liberté de son agresseur présumé, Alice a dû faire une croix sur le procès d'Assises qui lui était promis. "On avait le choix entre des Assises dans 2-3 ans ou un procès en correctionnelle dans les 6 mois, explique Me Moscovici. Le choix a été vite fait : on a opté pour la seconde solution car ma cliente voulait en finir au plus vite avec ce calvaire". Jean comparaîtra libre lors du procès devant le tribunal correctionnel de Bobigny qui pourrait se dérouler avant la fin de l'année. Il risque de 5 à 7 ans de prison. Pour Me Moscovici, "ce qui est grave dans ce genre d'histoire, c'est que les agresseurs sont des individus qui travaillent, qui ont une vie de famille et qui sont parfaitement insérés dans la société".

(1) Les prénoms ont été modifiés

Par Philippe MATHON le 30 juillet 2003 à 06:49
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