© INTERNEAlors que la crise sanitaire provoquée par la canicule s'estompe, la polémique enfle après la démission lundi de Lucien Abenhaïm. L'ex-directeur général de Santé n'a pas apprécié que ses services aient été directement mis en cause par le ministre de la Santé Jean-François Mattei. "On veut absolument des boucs émissaires", alors que "seule une enquête ultérieure indépendante pourra montrer ce qui s'est passé" lors de la canicule, déclare-t-il ce mardi dans une interview au quotidien Aujourd'hui en France/Le Parisien. "Face à ce déchaînement et cette polémique politicienne indigne, j'ai pris mes responsabilités", "on me met en cause moi et mes services de façon totalement injustifiée", regrette Lucien Abenheïm qui admet néanmoins qu'"il y a eu dysfonctionnement dans la mesure où l'Institut de veille sanitaire, chargé de nous alerter en cas d'épidémie, n'a pas vu venir, structurellement, la catastrophe".
L'ex-directeur de la Santé clame par ailleurs dans Le Figaro, qu'il n'a "personnellement (...) rien à (se) reprocher" et estime que ses "services n'ont pas dysfonctionné" au cours d'une "véritable catastrophe caniculaire dont les conséquences étaient totalement imprévisibles et non prévenables".
Une démission qui ne satisfait personne
Pour les professionnels de la santé, cette démission ne doit pas masquer ses véritables causes. Selon, Patrick Pelloux, Mattei "a pris la bonne décision en acceptant cette démission mais il faut qu'elle serve à tirer toutes les leçons du drame humanitaire et à véritablement réorganiser la DGS", marquée par des "dysfonctionnements majeurs". "Je crains que le gouvernement croie que le manque de personnel et de crédits sera réglé en donnant trois francs aux urgences, six sous aux maisons de retraites et en faisant démissionner le directeur général de la Santé", a assèné Pascal Champvert, président de l'Association des directeurs d'établissements d'hébergement pour personnes âgées (Adhepa).
A trois jours du conseil des ministres de la rentrée, l'opposition reproche à Mattei de ne pas avoir écouté les cris d’alarmes de Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins urgentistes français, et d'avoir poussé le haut fonctionnaire à la démission pour "sauver sa tête". Le député socialiste Arnaud Montebourg a réclamé à ce qu’il démissionne à son tour. François Hollande, a demandé une commission d'enquête parlementaire, comme le Vert Noël Mamère. "Je trouve navrante l'attitude du ministre de la Santé cherchant à se défausser sur des fonctionnaires", a pour sa part déclaré Marie-George Buffet (PCF). Jean-Marie Le Pen (FN), a estimé que le 1er ministre lui-même s'était montré "léger et irresponsable" en rejetant dimanche "toute idée de dysfonctionnement des rouages de l'Etat".
Raffarin contre-attaque
Face à la critique, le Premier ministre soutient son gouvernement. Dans une interview au Figaro, Jean-Pierre Raffarin récuse mardi tout dysfonctionnement. "Dès que nous avons été alertés, la mobilisation de tous les ministres concernés a été totale et nous avons enclenché l'ensemble des dispositifs nécessaires", déclare-t-il, rejetant les critiques d'une "vacance" du pouvoir. "Arrêtons cet archaïsme hypocrite. Tous les modes actuels de communication nous permettent de réagir et d'agir sans délai. Le problème n'était pas qu'il manquait des ministres à Paris mais du personnel dans les hôpitaux". Le 1er ministre a demandé Jean-François Mattei, une évaluation du système d'alerte sanitaire en vue d'éventuelles propositions.
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