Une "attaque de type militaire" en Corse

Par Philippe MATHON, le 26 août 2003 à 11h08 , mis à jour le 27 août 2003 à 09h22

Le centre de détention de Casabianda (Haute-Corse) a été la cible de quatre charges évaluées à un total de 100 kg, dans la nuit de lundi à mardi. Aucune victime n'est à déplorer mais de très importants dégâts.

attentat corse aout © INTERNE

Où s'arrêtera la surenchère des clandestins corses ? Les limites ont une nouvelle fois été franchies dans la nuit de lundi à mardi avec la destruction partielle de trois bâtiments et d'une douzaine de véhicules du centre de détention de Casabianda, à Aleria (Haute-Corse). Pour parvenir à leurs fins, les plastiqueurs ont utilisé quatre énormes charges évaluées à un total de 100 kg d'explosif pour faire sauter dans un premier temps, vers 01H, la cantine du personnel et deux hangars agricoles. Vers 02h, deux autres explosions ont retenti, endommageant une douzaine de voitures du personnel pénitentiaire. Fort heureusement, personne n'a été blessé. Un véritable miracle dans cette zone où vivent une quarantaine d'agents et leurs familles..

"Nous avons frôlé le désastre car à cette heure, il arrive que nos enfants ou nous-mêmes rentrions dans l'enceinte du centre", explique Philippe Pedrero, le secrétaire régional adjoint CGT en poste à Casabianda, interrogé par tf1.fr. Une quatrième charge, explosée par un artificier, a partiellement détruit une machine agricole garée. Le véhicule de l'artificier aurait également été touché du fait de la puissance de l'engin. "Nous assistons à une escalade de la violence. Les nationalistes sont en train de franchir un palier, c'est assez alarmant", affirme Philippe Pedrero. L'objectif était "bien de tuer", a ajouté FO-Pénitentiaire, tandis que l'UFAP protestait contre une action perpétrée "par des malfrats sans foi ni loi".

"Des conséquences encore plus dramatiques"

Rapidement dépêché sur les lieux, le procureur général près la cour d'appel de Bastia a dénoncé "une véritable agression de type militaire". "Effaré par cette prise de risque", Patrick Lalande affirme qu' "il aurait pu y avoir, il s'en est fallu de très très peu, des conséquences extrêmement dramatiques du point de vue humain". Le magistrat a souligné "la volonté vraisemblablement de commettre le maximum de dégâts et l'acceptation très éventuelle, mais l'acceptation quand même, de provoquer des blessures, voire des conséquences encore plus dramatiques". Interrogé mardi soir sur France 3, il a ajouté que la Corse était entrée dans "une  période extrêmement sombre" qu'elle n'avait "pas connue depuis de nombreuses années". De son côté, le garde des Sceaux, Dominique Perben, a condamné "très fermement cet acte de violence".

Le centre de détention de Casabianda est situé au bord de la mer, sur la plaine orientale de l'île de Beauté. D'un profil atypique, il regroupe près de 170 détenus - principalement condamnés pour des délits à caractère sexuel - employés à des tâches agricoles. En signe de protestation, le personnel pénitentiaire a interdit aux détenus de travailler ou de sortir du centre et réfléchit à une éventuelle poursuite de leur action dans les jours à venir.

Dominique Perben, a prévu de se rendre prochainement sur l'île. Ce déplacement, initialement planifié pour apporter son soutien aux magistrats de l'île très choqués par l'attentat contre la voiture du président du tribunal de grande instance d'Ajaccio au cours du mois de juillet, devrait désormais avoir une portée plus large que prévue.

Interpellation du fils d'Edmond Simeoni

Marc Simeoni, fils d'Edmond Simeoni, figure historique de l'autonomisme corse, a été placé en garde à vue mardi en Corse dans le cadre de l'enquête sur les soutiens dont aurait bénéficié Yvan Colonna. Il a été appréhendé par des policiers de la Division nationale antiterroriste (DNAT) et de la police judiciaire d'Ajaccio, sur commission rogatoire des juges antiterroristes en charge de l'enquête. Depuis l'interpellation de Colonna, les policiers s'attachent à démanteler le réseau de soutien qui a permis au tueur présumé du préfet Claude Erignac d'échapper à la justice pendant plus de quatre ans. A ce jour, trois personnes sont poursuivies pour "recel de l'auteur ou du complice d'un crime à caractère terroriste et association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste".

Par Philippe MATHON le 26 août 2003 à 11:08
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