Bien entendu, c’est vrai… puisque je vous le dis !

Par Philippe MATHON, le 27 septembre 2003 à 15h39 , mis à jour le 27 septembre 2003 à 11h54

Avec « Nos délits d’initiés », sorti en librairie à grands renforts de publicité, Guy Birenbaum prétend dénoncer les pseudos-arrangements du monde politico-médiatique avec la vérité. Un livre malsain car rempli de lourdes accusations et dénué de toute preuve.

birenbaum délits d'initiés © INTERNE

Mais que diable est-il allé faire dans cette galère ? Guy Birenbaum avait pourtant un avenir tout tracé. Enseignant à Sciences-Po, il nous avait habitués à quelques coups d’éclat avec ses habits de directeur de collection chez Denoël, en éditant les livres d’Arnaud Montebourg, de l’ancien juge Halphen et des nationalistes corses Rossi et Santoni, aujourd’hui disparus. Des succès de librairie à grand renfort marketing qui avaient fait de lui un jeune homme craint dans le milieu politico-médiatique.

Mais cette solide réputation ne lui suffisait apparemment pas. Un beau jour, celui qui dit " rester chez [lui] depuis l’âge de dix-huit ans les dimanche d’élection ", en a eu tellement assez de toutes ces choses dissimulées aux Français qu’il a décidé de prendre la plume pour clamer ses " soupçons de citoyen ". " Pour que cela change, et au nom d’une certaine démocratie ", écrit-il avec le plus grand sérieux.

Allégations

Résultat ? Dans " Nos délits d’initiés " (1), tout y passe. Empruntant les chemins déjà partiellement débroussaillés par Sophie Coignard (2) et Daniel Carton (3), il dénonce les supposées coucheries entre journalistes et politiques. Donne des noms avec une certaine gourmandise. Dénonce ces élites qui sniffent de la cocaïne à tout va, qui se conduisent comme des chauffards sur la route… S’attarde durant plus de cinquante pages sur une énième rumeur tournant autour de Jacques Chirac : le fils caché qu’il aurait eu avec une galeriste d’art japonaise. Refait à sa façon l’affaire Allègre et prétend, sans jamais douter, que " si Dominique Baudis a pu assez rapidement " reprendre la main ", c’est aussi parce que le dossier a été " repris en main ". Une affirmation lourde de sous-entendus aujourd’hui formellement contredite par les récentes rétractations de la principale accusatrice de Dominique Baudis.

Mais ici, comme dans le reste du livre, tout n’est qu’allégations sans preuves. Il faut dire que Guy Birenbaum s’est contenté d’outils assez limités pour mener à bien son travail. Ses sources ? Des amis journalistes qui lui ont raconté " ce qu’ils n’ont pu écrire ". Ses lieux d’investigation ? Le café de Flore, à Paris, haut lieu de l’intelligentsia politico-médiatique. Un peu court, si l’on prétend décrire avec rigueur les travers d’une élite… Ecrire que telle journaliste fréquente tel homme politique n’est acceptable que si l’on démontre que son travail en a été faussé, que les lecteurs ou téléspectateurs ont été abusés. Or, dans ces " Délits d’initiés ", rien de tout cela. Le lecteur avide de pseudos-potins pourra se lécher les babines face à ces noms jetés en pâture.  Les autres auront le désagréable sentiment d’avoir contribué à  un terrible succès de librairie.

(1) Nos délits d’initiés, mes soupçons de citoyen, Stock, 2003 (18 euros)
(2) L’Omerta française (avec Alexandre Wickham), Albin Michel, 1999
(3) Bien entendu… c’est off, Albin Michel, 2003

(Photo AFP)

Par Philippe MATHON le 27 septembre 2003 à 15:39
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