© INTERNEUne centaine de manifestants qui avaient cadenassé jeudi soir la grille de la gendarmerie de Luri, en Haute-Corse, après l'interpellation dans la matinée de sept habitants de la commune dans le cadre d'une enquête sur un attentat au cocktail Molotov, ont mis un terme provisoire à leur action à minuit. Le procureur de la République de Bastia, Patrick Beau, a dû promettre sur place aux familles que les personnes gardées à vue ne seraient pas transférées dans la nuit à Paris, comme c'est pourtant le cas généralement des Corses interpellés dans des enquêtes touchant à des actes de terrorisme. "Je n'ai rien négocié, je suis seulement venu leur expliquer comment s'articule une procédure judiciaire instruite par la 14e section", a expliqué vendredi le magistrat à l'AFP.
Les manifestants ont promis de reprendre leur action vendredi après-midi si les quatre personnes encore en garde à vue n'étaient pas "toutes" remises en liberté. Parmi les manifestants, outre les familles et les proches des personnes interpellées, figuraient nombre de personnalités de la mouvance nationaliste dont l'une de ses principales figures historique, Edmond Simeoni, ainsi que Jean-Guy Talamoni, porte-parole de Corsica Nazione.
La colère des gendarmes
Les représentants des forces de l'ordre sont montés au créneau vendredi pour condamner l'action des militants nationalistes. Le directeur général de la gendarmerie, Pierre Mutz, a jugé "inadmissible" que des manifestants se soient ainsi attaqués jeudi aux gendarmes et à leurs familles, insistant sur "l'état de peur" dans lequel ils ont vécu. "Je souhaiterais, a-t-il conclu, qu'on laisse travailler les gendarmes (en Corse) comme ils travaillent sur le continent".
De son côté, le commandant de la Légion de gendarmerie de la Corse a affiché sa détermination et affirmé que non seulement la "liberté d'action" de ses hommes sur l'île "ne sera pas "entravée" mais elle "sera garantie".
"Les Français dehors"
"Pour deux suspects, on a retrouvé à leur domicile des bouteilles et des substances qui entrent dans la composition des cocktails Molotov et l'un d'entre eux a reconnu qu'il avait lancé celui qui a touché la gendarmerie de Luri", a expliqué une source proche de l'enquête. Les premiers éléments de l'enquête laissent à penser que les auteurs présumés de cet attentat n'ont pas agi pour des motifs politiques.
Dans la nuit du 3 au 4 septembre, un ou des inconnus avaient lancé un cocktail Molotov par dessus le mur qui ceint la cour de la gendarmerie de Luri, un village au cœur du Cap Corse, endommageant deux véhicules personnels des gendarmes. L'attentat n'avait été ni signé ni revendiqué, mais des inscriptions "FLNC", "IFF" (pour I Francesi Fora, "les Français dehors" en langue corse), ainsi que "Libertà" (liberté) avaient été peintes sur le mur.
Photo AFP : des manifestants protestent près des grilles de la gendarmerie qui ont été cadenassées, le 11 septembre 2003 à Luri (Haute-Corse).
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