Cédric Bellec raconte son parcours d'enfant martyr

Par AFP, Philippe ZYGEL, le 20 octobre 2003 à 20h12 , mis à jour le 20 octobre 2003 à 20h16

Jugé par la cour d'assises de l'Hérault pour l'assassinat sauvage de ses parents adoptifs en décembre 2000, l'accusé a narré lundi son passé d'enfant battu par ses parents naturels, puis tombé à son tour dans la violence.

[Expiré] [Expiré] cédric bellec © AFP

Impassible durant l'énoncé des terribles sévices physiques, infligés à la famille adoptive qui l'avait recueilli à l'âge de 13 ans et à laquelle il reprochait son éducation, Cédric Bellec, 22 ans, se tapotait nerveusement la jambe. Invité par le président à retracer sa biographie, ce grand garçon brun, résidant au foyer des jeunes travailleurs de Béziers (Hérault), a d'emblée évoqué ses propres parents naturels, une "famille pourrie". A ses côtés, dans le box, ses trois complices, accusés de l'avoir assisté dans une effroyable machination, se partageant les biens dérobés du couple assassiné, l'écoutent, tête basse.

"Mon père buvait, ma mère buvait. Il frappait et les gosses encaissaient", énonce-t-il d'une voix morne et nonchalante, un sourire nerveux aux lèvres. Exhibant sur sa tête les cicatrices formées à 6 ans, il confie avoir été projeté contre une armoire à glace et avoir reçu des coups de marteau. Après une fugue, son père, cuisinier devenu invalide, s'est tranché la main avec un hachoir.

Placé à la DDASS comme ses six frères et soeurs, son parcours se résume ensuite à un interminable ballottement entre les familles d'accueil et les foyers d'enfance, de la région parisienne à l'Hérault, en passant par la Savoie. L'alcool et la drogue surviennent dans sa vie dès l'âge de 13 ans et le font basculer dans la violence.

"Passer à la télé"

A 14 ans, il reconnaît avoir failli "faire le pire", en manquant d'étrangler un camarade d'école lors d'une dispute. Apprenti mécanicien ou cuisinier, son tempérament agressif lui vaut maints renvois. "Il n'y a rien qui m'intéressait, aujourd'hui c'est encore pire", dit-il. Son père adoptif, Philippe Narre, pilote d'Air France qui avait eu une fille avec la mère de Cédric au cours d'une ancienne liaison, a aussi essayé de "le faire travailler à l'école, mais il a lui aussi baissé les bras", ajoute le jeune accusé.

Pour l'avocat de Cédric Bellec, Me Jacques Martin, son histoire est "le produit de l'accouplement de l'alcool et de la violence". "Celui qui commet des actes monstrueux n'est pas forcément un monstre", souligne-t-il, affirmant que son client "a changé" et "regrette ce qui s'est passé dans un délire".

Représentant les parties civiles, Me Solange Doumic, assure que le jeune homme "a refusé l'amour qu'on lui proposait pour cultiver la haine et faire le mal". "Beaucoup de jeunes ont connu une enfance terrible, certains basculent dans la petite délinquance mais ils ne deviennent pas tous des assassins. Lui a voulu se réaliser par le crime, il voulait devenir un serial killer pour passer à la télé", conclut-elle.

Verdict lundi prochain.

(photo afp : Cédric Bellec, à son arrivée au palais de Justice)

Par AFP, Philippe ZYGEL le 20 octobre 2003 à 20:12
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience