© INTERNEC'est un livre-coup de poing (1). Une plongée sans complaisance dans les affres du sport de haut niveau. Certains railleront les propos de cet ancien pro passé par la case prison pour une affaire de trafic de produits dopants. D'autres hurleront à la "balance" ou argueront de l'ancienneté des faits. Mais cela condamne-il nécessairement cet ancien cycliste au silence ?
Le sport de Philippe Boyer, c'est la piste. Une discipline de "bourrins" qui repose essentiellement sur une extraordinaire explosivité des muscles, sur la force pure. Ici, pas d'EPO, mais parfois des "anabos", de la "testo" et des "corticos". Une "boîte à biscuit" bien pleine qui vient en renfort d'un entraînement acharné. Face à la concurrence française et étrangère - nous sommes au cœur des années 80 où le cyclisme est-allemand triomphe - , Philippe Boyer devient accroc aux dopants : les "pastoches", les pilules, puis, très vite, les premiers "trous aux fesses", les injections. Les "lichettes" d'amphétamines pour aller en soirée ou effectuer un long trajet en voiture.
Très vite, les performances suivent : quatre titres de champion de France (1983, 1985, 1986 et 1987) et une deuxième place aux championnats du monde du kilomètre (1985). Sans jamais subir un seul contrôle positif… Durant une année, il côtoie même le cyclisme sur route avec l'équipe Système U. Ses co-équipiers se nomment alors Laurent Fignon, double vainqueur du Tour de France et Alain Bondue, l'actuel manager de Cofidis. Deux champions qui ne sont pas épargnés par Philippe Boyer. Le premier lui aurait remis des produits dopants à plusieurs reprises, le second, "calé sur la question", se serait chargé de son premier "cours de dopage".
"Tout le monde sait"
Philippe Boyer apprend vite. Sa connaissance de la pharmacopée devient telle que l'un de ses "clients" le surnomme "Panoramix". Mais le dopage ne fait pas toujours mouche. La prise de produits en trop grosse quantité l'oblige à courir quelques minutes avant une compétition pour "faire passer le yaourt". Au crépuscule de sa carrière, ce sera les voyages en Belgique pour se fournir en pot belge, un cocktail d'amphétamines, sa chute pour "cession et contrebande" et la prison. "Il m'aura fallu plus de quinze ans pour reconnaître que la drogue m'avait apporté plus d'emmerdement qu'autre chose".
Tout au long de son livre, il dénonce "l'hypocrisie" d'un système où "tout le monde sait mais personne ne dit rien". Et lance de lourdes accusations à l'encontre de médecins devenus aujourd'hui des pontes du mouvement sportif français. Parole contre parole, Il affirme avoir "blindé" sa défense en recueillant des attestations de coureurs.
Entré dans la police en 1982 avec un emploi aménagé pour le sport de haut niveau, Philippe Boyer vient d'être suspendu deux ans par sa hiérarchie. La Place Beauvau souhaite sa révocation pure et simple. Il a fait appel de cette décision. Et souhaiterait intégrer la brigade des stups, section… lutte anti-dopage.
(1) Philippe Boyer, Champion, flic et voyou, éditions de La Martinière, 16 €.
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