Corse : les "natios" tout près de l'union

Par Philippe MATHON, le 14 novembre 2003 à 17h38 , mis à jour le 16 novembre 2003 à 19h30

En proclamant vendredi la "suspension des actions militaires", le FLNC-UC a ouvert la voie à l'union des mouvements nationalistes insulaires qui devrait être annoncée dimanche. Objectif : devenir la première formation de l'île lors des élections territoriales, en mars prochain.

corse nationalisme manifestation ajaccio AFP 26 avril 2003 © INTERNE

Les différents groupes nationalistes corses se rencontraient chaque semaine depuis le 9 septembre. Pour les modérés du PNC (Parti de la Nation Corse), mais aussi ceux du collectif A Chjama Naziunale et de l'Accolta Naziunale Corsa (ANC), les choses étaient claires : tant qu'une "trêve longue et totale" des actions violentes n'étaient pas proclamée, les mouvements nationalistes resteraient divisés. Une situation impossible à tenir, à quelques mois des élections à l'assemblée de Corse, prévues en mars 2004.

Tout ce petit monde y a donc mis du sien. Lundi, Corsica Nazione et Indipendenza, les vitrines politiques du FLNC-UC (FLNC-Union des combattants), demandaient aux clandestins de prendre une "initiative majeure" sur la question de la lutte armée. Jeudi, c'était au tour du PNC de réaffirmer son exigence d'un arrêt des attentats. Comme une partition bien écrite, les clandestins du FLNC-UC ont annoncé qu'ils "suspendaient" leurs "actions militaires sans condition de temps ni de lieu", une façon de lever un obstacle au rassemblement des nationalistes pour les territoriales.

Chance historique

Evidemment, la nouvelle n'a pas manqué d'être saluée par les hiérarques nationalistes. Edmond Simeoni, la figure historique du nationalisme corse, parle d'un "geste courageux" ce que Jean-Guy Talamoni qualifie d' "initiative forte". Le PNC, qui avait fixé à dimanche la fin de son ultimatum, reconnaît que "le communiqué du FLNC répond très clairement aux cinq points" que son mouvement avait posé comme préalable à l'union. "Nous sommes donc tout près d'un accord", a lancé Jean-Christophe Angelini, secrétaire général du PNC. Seul le FLNC dit du "22 octobre" n'a pas décrété de trêve et dénonçait encore récemment, à propos de la tentative d'union des nationalistes, "de vulgaires tractations politiciennes".

Un seul chiffre suffit à expliquer la raison pour laquelle la quasi-totalité des dix formations nationalistes aspirent à l'unité : d'après de nombreux spécialistes de la question corse, un tel regroupement pourrait leur permettre de remporter plus de 30% des suffrages. Pour mémoire, aux dernières territoriales de mars 1999, cinq listes nationalistes avaient totalisé 23,46% des suffrages au 1er tour, mais une seule avait franchi le seuil éliminatoire des 5%, permettant au seul Corsica Nazione d'obtenir huit élus à l'assemblée de Corse.

"L'union ne se fera pas comme cela"

S'il est entendu que l'assemblée de Corse ne se dirige pas avec 30 % des voix, les nationalistes pourrait profiter des divisions qui gagnent la droite et la gauche. A moins que celles-ci ne décident de leur barrer la route en formant des alliances au second tour.

Quoiqu'il en soit, même si le PNC a annoncé officiellement l'union à l'issue de son assemblée générale, dimanche à Ajaccio, les nationalistes ne sont pas encore au bout de leur peine. "L'union ne se fera pas comme cela, dimanche soir, note Jean-Christophe Angelini. Il restera à discuter du projet pour diriger les institutions en cas de victoire aux élections, de la composition de la liste d'union et de la philosophie de la démarche".

Photo AFP : Des manifestants brandissent un drapeau corse, le 26 avril 2003 à Ajaccio, lors d'un défilé organisé par une douzaine d'organisations nationalistes corses.

Par Philippe MATHON le 14 novembre 2003 à 17:38
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