Poggio d'Oletta fait fi de l'omerta

Par Philippe MATHON, le 06 novembre 2003 à 06h09 , mis à jour le 05 novembre 2003 à 18h36

Victime d'un attentat la semaine dernière, ce petit village tranquille de Haute-Corse exprime ouvertement son indignation teintée d'incrédulité. Une manifestation aura lieu le 15 novembre.

poggio d'oletta corse attentats carte © INTERNE

C'est l'histoire d'un petit village de Haute-Corse qui ne veut pas devenir le théâtre privilégié des plasticages insulaires. Poggio d'Oletta, entre Bastia et Saint-Florent, paraît pourtant bien éloigné de la violence qui agite régulièrement l'île. "Cent quarante-cinq habitants qui n'aspirent qu'à la tranquillité", glisse un villageois. Mais le 29 octobre, à quelques heures de l'arrivée de Nicolas Sarkozy sur l'île, cette quiétude est brutalement troublée. Peu après 22 heures, la villa d'un maçon corse travaillant sur le continent est entièrement détruite par un attentat. Le village est sous le choc.

A près de quatre-vingt printemps, Antoine Gregogna n'en revient toujours pas. "C'est la première fois qu'on voit ça ici", dit-il, lui qui n'a quitté le village qu'une seule fois dans sa vie. "Pour les besoins du service militaire". Le soir du plasticage, une partie du village - les chefs de familles en tête -, s'est regroupé aux abords de la villa détruite pour exprimer son émotion. "Dans un village, lorsqu'il y a un grand 'boum' , il y en a toujours un pour appeler les autres", dit-on. "C'est incompréhensible, ce sont des gens discrets, gentils et sans problèmes" explique à tf1.fr Jacques Stefanini, le directeur d'une maison de repos dans le village voisin d'Oletta.

"Aucune raison qui puisse justifier un tel acte"

Tous se sont remémorés leur rencontre avec ce "copain" qui eut un coup de foudre pour Poggio d'Oletta il y a six ans. Une "intégration parfaite" facilitée par ses origines corses jusqu'à celles de son père, natif de Sollacaro (Corse-du-Sud). "Il a tout de suite participé à l'association du village, se souvient Jacques Stefanini. On le voyait à chaque congé, il comptait se réinstaller dans le village au moment de la retraite". On raconte même que le couple avait prêté sa maison à des gens dans le besoin. Mais depuis l'attentat, la femme du maçon a du mal à concevoir un retour sur l'île. Elle aussi cherche à comprendre. "Avons-nous gêné du monde en achetant ce terrain ? " a-t-elle demandé à des proches du village en découvrant sa maison détruite. "On leur a montré qu'ils n'étaient pas seuls, ça leur a fait du bien", confie Jacques Stefanini.

Lorsqu'on les interroge sur les mobiles du plasticage, les habitants de Poggio d'Oletta s'emportent.  Antoine Gregogna :"Que ce soit politique ou non, ils n'ont pas à plastiquer ! ". Un acte politique ? "C'est vrai qu'il y a eu des abus dans des constructions sur le littoral et que les nationalistes ont pu faire cesser certaines choses, concède Jacques Stefanini. Mais là, dans notre village, il n'y a pas de spéculation, il n'y a aucune raison qui puisse justifier un tel acte."

"On veut donner l'exemple"

Blessés, les villageois ont décidé de réagir. Il y a eu d'abord cet article publié dans les colonnes de Nice-Matin afin de faire comprendre aux auteurs de l'attentat que "tout le village est contre ce genre d'actions".

Pour enfoncer le clou, le village a décidé d'organiser un rassemblement à l'entrée du village le 15 novembre comme un barrage symbolique à toute intrusion belliqueuse. "Tout le village ou presque est d'accord là-dessus : on veut donner l'exemple en Corse", assure Antoine Gregogna. "D'habitude, ce sont des individus qui protestent, là c'est tout un village", relève Jacques Stefanini qui concède : "Bien sûr, s'ils veulent mettre d'autres bombes, ils le feront. Mais nous ne souhaitons pas que les plasticages se banalisent en Corse".

Par Philippe MATHON le 06 novembre 2003 à 06:09
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