Polars : des macchabées dans l'Ile de beauté

Par Matthieu DURAND, le 11 novembre 2003 à 07h00 , mis à jour le 10 novembre 2003 à 17h02

Des cadavres abandonnés dans les décharges, un complot qui fait vaciller la République, des gendarmes sur les nerfs... Deux romans policiers confirment que le noir sied bien à la Corse. Gare aux balles perdues.

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La Corse, ses paysages somptueux, ses habitants fiers de leur identité et ses mœurs locales qui ne laissent indemnes ni les insulaires, ni les continentaux, qu’ils portent ou non le képi, la cagoule ou l’écharpe tricolore … Bref, un sujet de choix pour la littérature française depuis plus d’un siècle. Outre une enquête de San-Antonio (Ça se corse chez Fleuve Noir), deux polars se sont intéressés cette année à la patrie de Tino Rossi et du cochon sauvage. Deux ouvrages qui, coïncidence ?, ont pour point de départ un macchabée gisant dans l’une des décharges de l’Ile de beauté.

Tripes à gogo


 
Pur porc, de Jean-Paul Brighelli (1), prend le lecteur aux tripes. Sous la forme d’une fiction haletante, il revient sur des personnages et des affaires bien connues du public. Il est ainsi question d’un haut-fonctionnaire ("La cible") assassiné à Ajaccio, d’un ministre de l’intérieur ("Le mammouth") qui veut terroriser les terroristes, de trafiquants d’armes et de pétrole, d’indépendantistes et de truands, de comploteurs et d’agents secrets. Et, au cœur de ce maquis souvent malodorant, un ancien commissaire, Marie-Ange Papadacci, dit "L’Ange", qui fait appel à un "nègre" (la profession de l’auteur, soit-dit en passant) pour rédiger ses mémoires. Des mémoires explosives et sanglantes.

Et c’est le deuxième (coup de) "poing" fort du livre. Car, autant Brighelli détaille tel un orfèvre l’âme corse, les sites extraordinaires de l’île et ses étapes gastronomiques de choix, autant il se transforme en boucher quand il s’agit de décrire les déferlements de violence dont l’Ange est le témoin… ou l’auteur. Avec un final qui laissera le lecteur comme éclaboussé devant tant de révélations ("Et si c’était vrai ?", finit-on par se demander) et d’abominations dignes d’Hannibal Lecter.

Scènes de crime


 
Cadavre à décharge (2) se veut également au "plus près du réel". Pas de politique-fiction cette fois-ci mais la description minutieuse d’une enquête de gendarmerie sur un meurtre. Et l’on peut faire confiance à l’auteur, Jacques Fombonne, lui-même officier dans la maréchaussée à Bastia, de 1995 à 1997. Du climat local peu propice au port de l’uniforme, il en est finalement peu question. En revanche, les amateurs de scène de crime, de méthodes scientifiques et d’affrontements psychologiques lors des gardes à vue seront comblés. Avec, en bonus, une intervention du RAID "vécue de l’intérieur". Un bon polar qui a reçu le prix littéraire 2003 de la gendarmerie. Une adaptation cinématographique est à l'étude.

(1) Jean-Paul Brighelli : Pur porc, Ramsay, 327 pages, 21€.
(2) Jacques Fombonne : Cadavre à décharge, éditions DCL/Vilo, 244 pages, 18€.

 

Par Matthieu DURAND le 11 novembre 2003 à 07:00
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