Et si policiers et gendarmes s'inspiraient du privé ?

Par Philippe MATHON, le 07 novembre 2003 à 18h32 , mis à jour le 07 novembre 2003 à 18h55

C'est la thèse préconisée par le sénateur RDSE du Gers, Aymeri de Montesquiou, dans un rapport publié vendredi. Interview.

montesquiou senat police gendarmerie © INTERNE

tf1.fr : Pourquoi ce rapport ?
Aymeri de Montesquiou : La loi d'orientation et de programmation pour la sécurité extérieure accorde beaucoup d'argent à la police et à la gendarmerie : pas moins de 5,6 milliards d'euros supplémentaires sur cinq ans. C'est un effort budgétaire très important. En tant que vice-président de la commission des Finances, il était normal que je regarde comment les impôts des Français sont utilisés. Bien sûr, l'inspection de la police et le contrôleur général des armées connaissent les faiblesses du système mais on finit souvent par s'y d'habituer… Il était important d'avoir un regard neuf sur la question. Et puis Nicolas Sarkozy a annoncé qu'il voulait promouvoir une politique de résultat. Pour cela, il faut une base de départ. Avec notre rapport, en voilà une.

tf1.fr : Pour les besoins de vos travaux, vous vous êtes appuyés sur les travaux d'un groupe privé de consultants : une grande première !
A. de M. :
Dans le cadre de la modernisation de l'Etat, il y a assurément un chantier important pour les entreprises d'audits. Nous avons réalisé un appel d'offres auprès de plusieurs sociétés et c'est Accenture qui l'a remporté. Au cours de notre travail qui a duré environ cinq mois, nous avions des réunions tous les dix jours avec les services de police et de gendarmerie et cette société qui nous a apporté sa minutie. Pour tout ce qui est de l'administration, il faut s'inspirer de ce qui fonctionne bien dans une entreprise.

tf1.fr : Votre constat : policiers et gendarmes passent une bonne partie de leur temps à remplir de la paperasse…
A. de M. :
Ce n'est quand même pas normal qu'une voiture en accompagne une autre pour aller faire une révision ! On pourrait imaginer un appel d'offres dans les garages des villes concernées et confier l'entretien à des entreprises privées. Il en va de même pour l'entretien des bâtiments. Lorsque vous entrez dans certains commissariats de l'Hexagone, on peut parler de délabrement. Il y a un progrès énorme à faire du point de vue de l'image car cela donne une image désastreuse de l'Etat.

tf1.fr : Ce que vous prônez s'apparente à une mini-révolution !
A. de M. : C'est très clair : une secrétaire coûte moins cher qu'un policier, un ouvrier du privé est moins cher qu'un ouvrier d'Etat ! Toutes les tâches qui ne relèvent pas de la sécurité de citoyens doivent être faits soit par des administratifs, soit externalisées. Aujourd'hui, les informations circulent de façon hétérogène parmi les policiers ou les gendarmes : souvent, l'information est recueillie manuellement avant d'être plus tard recopiée sur ordinateur… Une grande perte de temps. Je préconise que les voitures soient munies d'ordinateurs pour enregistrer directement les procès-verbaux.
Aujourd'hui, la main-courante (le relevé des incidents enregistrés dans un commissariat, ndlr) de la préfecture de police de Paris n'est pas informatisée : c'est aberrant !
A l'heure où policiers et gendarmes travaillent désormais main dans la main au sein des GIR (Groupes d'Intervention régionaux), il faut également rendre compatibles leurs réseaux informatiques. C'est tout de même la moindre des choses.

tf1.fr : Comme le ministre de l'Intérieur, vous encouragez la prime au mérite. Pourquoi ?
A. de M. : Il faut s'inspirer des méthodes du privé. Jusqu'à présent, on disait toujours que les fonctionnaires étaient moins payés mais qu'il ne foutaient rien. Maintenant, les choses vont changer. Nous allons redorer leur blason en leur permettant de gagner plus en travaillant mieux. Cinq millions d'euros vont être consacrés aux primes, c'est une révolution culturelle.

tf1.fr : Internet peut-il jouer un rôle dans la modernisation sociale ?
A. de M. : Evidemment. Par exemple, quelqu'un qui se fait voler son portable pourrait le signaler par ce biais. Cela permettra de désengorger les commissariats afin de traiter les affaires plus graves.

Photo : Aymeri de Montesquiou (site du Sénat : http://www.senat.fr/)

Par Philippe MATHON le 07 novembre 2003 à 18:32
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