Dopage : l'enquête progresse

Par Philippe MATHON, le 22 janvier 2004 à 07h59 , mis à jour le 23 janvier 2004 à 07h33

Des aveux de dopage, quatre mises en examen et une remise en liberté : l'enquête sur le trafic de produits dopants autour de l'équipe Cofidis semble avoir gagné du terrain.

philippe gaumont cofidis © INTERNE

Après près de 48 heures de garde à vue, l'un des leaders de l'équipe cycliste Cofidis, Cédric Vasseur, 33 ans, est ressorti libre, jeudi à 14h45, des locaux de la brigade des Stupéfiants, au 36 quai des Orfèvres (Paris). Aucune charge n'aurait été retenue contre lui. Pas de mise en examen, pas de contrôle judiciaire.

Devant les enquêteurs, le coureur a affirmé ne pas avoir recours à des produits dopants. "Pour tout être humain, s'expliquer durant deux jours, c'est long. Mais je ne suis absolument pas surpris car mon client est clean, a expliqué à tf1.fr son défenseur, maître Bertrand Wambeke. L'avocat se dit toutefois "un peu chagriné" par l'arrestation de son client, mardi à l'aéroport d'Orly. "En terme d'image, c' est très dommageable pour lui. Il est un personnage public, il a un fan-club… Quand on a des doutes, on envoie une convocation pour le lendemain, c'est plus correct", déplore-t-il.

Au beau milieu des nombreuses écoutes téléphoniques ordonnées ces dernières semaines par le juge Pallain, les enquêteurs seraient "tombés" sur une conversation "intéressante" mêlant Cédric Vasseur, selon des sources proches de l'enquête. La garde à vue du cycliste aurait été l'occasion, pour les policiers des Stups', d'effectuer un long travail de vérification. "Après s'être justifié, re-justifié et re-re-justifié, les policiers ont compris qu'il n'avait rien à se reprocher", assure maître Wambeke.

L'athlétisme en ligne de mire ?

Dans cette enquête sur le trafic de produits dopants autour de l'équipe Cofidis, le juge Pallain a déjà mis en examen et écroué Boguslaw Madejak, le soigneur polonais, pour détention et cession de substances vénéneuses", "offre, cession et incitation à des produits dopants", et pour "infraction à la législation sur les stupéfiants". Les coureurs Marek Rutkiewicz , Robert Sassone (deux anciens de Cofidis), ainsi que Philippe Gaumont ont également été mis en examen mais laissés en liberté. Déjà contrôlé positif à plusieurs reprises durant sa carrière, ce dernier aurait avoué cette semaine aux enquêteurs avoir eu recours à l'EPO à titre personnel et que c'était "l'usage et l'habitude" dans tout le peloton, y compris lors du Tour de France 2003. D'après Le Monde, le coureur aurait également lâché avoir "dépanné" certains collègues du peloton. Face à ce qui ressemble à des aveux caractérisés, la direction du groupe Cofidis reste de marbre et réclame "des preuves" avant de sanctionner quiconque. Toutefois, le PDG du groupe a concédé : "Si j'apprends qu'il y a 25 dopés dans l'équipe, il n'y aura plus d'équipe Cofidis".

Les enquêteurs affirment jeudi que de nombreux "anciens et actuels coureurs de Cofidis" se sont "largement épanchés souvent sous l'évidence" des éléments amassés. Certains auraient fait considérablement avancé le travail des policiers. On murmure qu'une autre discipline-reine pourrait être prochainement visée par l'enquête : l'athlétisme.

"Tu achètes le mec et tu fais la transfusion en direct"

Parallèlement à ce nouvel épisode judiciaire, une enquête publiée par l'hebdomadaire Le Point s'avère accablante pour les Cofidis, et pour le peloton en général. Le magazine révèle que le dopage a continué dans le cyclisme avec de nouvelles méthodes depuis le procès Festina. Se basant sur des extraits d'écoutes téléphoniques, Le Point affirme que certains coureurs de Cofidis ont eu recours à des transfusions sanguines, couplées à la prise d'EPO. Ces pratiques se seraient déroulées toute l'année 2003, et notamment pendant le Tour de France. Elles confirment le sentiment d'impunité qui régnait dans le peloton, malgré les huit contrôles antidopage quotidiens réalisés par la direction de la course. Selon Le Point, les coureurs allaient jusqu'à louer les services de donneurs de sang et faisaient même appel à des membres de leur famille pour ne prendre aucun risque sur le groupe sanguin.

L'hebdomadaire relate ainsi ce qu'il nomme une "conversation hallucinante" entre le soigneur Boguslaw Madejak, dit "Bob", récemment mis en examen dans ce dossier, et Marek Rutkiewicz, ex-coureur Cofidis.
"- Quel groupe sanguin a ton frère ? demande "Bob".
- Le même que moi, répond le coureur.
- Tu sais, il y a une nouvelle méthode.
- Ah oui, j'en ai entendu parler à propos du Tour de France.
- Tu achètes le mec et tu fais la transfusion en direct et voilà".

"Je sais que mon mari se dope"

Le journal publie également des extraits de l'audition de l'épouse de Robert Sassone, grand espoir du cyclisme tricolore, autre coureur de Cofidis récemment mis en examen. "Je sais que mon mari se dope, nous n'en parlons pas. Je ne suis ni pour, ni contre", aurait-elle dit, pointant du doigt l'hypocrisie du milieu, notamment la direction de Cofidis. "Il prend cela pour se maintenir au niveau, on ne lui demande rien mais c'est ça la compétition", aurait-elle lancé.

(photo d'archives : Philippe Gaumont)

Par Philippe MATHON le 22 janvier 2004 à 07:59
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