© INTERNE"A 49 ans, il faut que je fasse attention à ne pas tomber dans la caricature…".
Après un début d'année entamé tambour battant, Nicolas Sarkozy a tenu à calmer le jeu avec l'Elysée à l'occasion, mercredi, de la présentation du bilan d'activité de son ministère dans la lutte contre la délinquance en 2003. L'hôte de la place Beauvau a repoussé une à une les questions de la presse manifestement plus intéressée par la bataille présidentielle de 2007 que par la baisse des crimes et délits commis dans l'Hexagone. "Je sais une chose, a finalement répondu le ministre : je n'ai pas fini le travail qui m'a été fixé. Je n'ai pas obtenu dans la durée les résultats qu'on m'a demandés". 2007 ? "Personne ne sait qui sera candidat, et moi le premier".Auparavant, les 250 journalistes présents - un record, de mémoire d'huissier - ont pu écouter le ministre de l'Intérieur se réjouir du fait que "la délinquance recule sous toutes ses formes". Le nombre de crimes et délits a baissé de 3,38 % en 2003, la première baisse constatée depuis six années. "Ce n'est qu'une étape", a prévenu Nicolas Sarkozy qui a révélé l'objectif "ambitieux" que lui a assigné Jean-Pierre Raffarin pour 2004 : "une baisse de la délinquance située entre 3 et 4 %", et d'ici à 2006, une baisse de "20 % par rapport à 2002".
Voici les principaux points de son intervention.
- Hausse de 9,74% des faits élucidés : la disparité des taux d'élucidation est grande selon les crimes et délits auxquels ils se rapportent. Ainsi, sont élucidés à près de 100% les infractions à la législation sur les stupéfiants, les vols à l'étalage et les actes de proxénétisme, parce que le plus souvent résolus en même temps que constatés. D'autres, comme les homicides, sont élucidés à 81,26% (63,92% en 2002), les viols à 74,85% (73,88%), les coups et blessures à 72,44% (71,76%). En revanche, certaines infractions restent parfois sans solution : c'est la cas des cambriolages (9,41%) ou des vols à la tire (3,73%).
- Hausse des violences sur les personnes : "Là, ça ne va pas", a admis le ministre. Cette délinquance a cru de 7,30 %, en particulier les coups et blessures volontaires (+ 7,68 %) et les menaces et chantages.
- Haro sur les quartiers criminogènes : Nicolas Sarkozy annonce une "lutte sans merci contre les violences urbaines et l'économie parallèle". Les équipes du ministère de l'Intérieur mettent la dernière main au recensement des "vingt villes et des vingt quartiers les plus criminogènes, ceux dans lesquels nous n'avons pas réussi encore à maîtriser la situation et ceux dans lesquels les violences urbaines sont les plus fréquentes et où la gendarmerie et la police ont le plus de mal à pénétrer". Il a cité les quartiers de l'Ousse-les-Bois (Pau), du Val-Fourré de Mantes-la-Jolie (Yvelines) et Pierre Colignon à Meaux (Seine-et-Marne). Le ministre visitera ces zones "dans les trois mois". "Je tiendrai une réunion dans chacun d'eux avec tous les acteurs: les élus, les acteurs de la prévention et les forces de l'ordre", a-t-il prévenu.
- "Les multi-récidivistes, ça suffit" : le ministre a une nouvelle fois fait part de son agacement face aux délinquants ou criminels auteurs de plusieurs actes délictueux. Pour lui, il s'agit d'une "priorité pour 2004". Sur ce dossier, le garde des Sceaux, Dominique Perben, s'oppose à l'idée soutenue par la Place Beauvau d'une peine plancher pour les multirécidivistes. Matignon devra prochainement trancher.
- Lutte contre le terrorisme : selon les chiffres de la Place Beauvau, 232 personnes ont été interpellées en 2003, dont 65 pour des faits de terrorisme islamiste, 119 dans des affaires corses et 48 au Pays basque. "Nul doute que, en Corse, il y aura d'autres développements dans les semaines qui viennent", a averti le ministre.
- Sécurité des transactions : les envois de chèquiers aux usagers par les banques devront désormais s'effectuer par lettre recommandée et non plus par courrier simple comme c'est encore le cas chez certains établissements. Les services de police ont constaté de nombreuses infractions en la matière.
- "Volontarisme républicain" plutôt que "discrimination positive" : Nicolas Sarkozy s'est félicité de la nomination, mercredi en Conseil des ministres, de Aïssa Dermouche, comme préfet du Jura. "C'est un homme de très grande qualité, dont le parcours est exemplaire", a estimé le ministre de l'Intérieur. "Si le mot [de discrimination positive, NDLR, que le président Chirac avait jugé "peu convenable"] pose problème, appelons-le volontarisme républicain", a-t-il déclaré.
- Reconduites à la frontière : "35 000 étrangers en situation irrégulière" ont été reconduits hors de France en 2003, qu'il s'agisse "de reconduites, de non-admission ou de réadmission dans le cadre des accords de Schengen". Les nationalités les plus représentées sont, dans l'ordre, "les Chinois, les Algériens, les Roumains, les Sénégalais, les Marocains et les Maliens".
- Des policiers à l'école : Nicolas Sarkozy a annoncé une "systématisation de la présence de policiers" aux abords des écoles sensibles. "Des policiers et des gendarmes référants seront proposés aux chefs d'établissements volontaires", a-t-il ajouté, en soulignant qu'il fallait mettre fin à la violence en milieu scolaire.
Selon les statistiques, 179 762 des 956 423 personnes mises en cause à l'occasion de crimes et de délits sont mineurs, soit 18,80% du total. Leur part a diminué de 5,80%, passant de 19,89% en 2002 à 18,80% en 2003.
(photo : Nicolas Sarkozy lors de la conférence de presse)
Sarkozy chahuté Tout juste sorti de la présentation de son bilan 2003, le ministre de l'Intérieur est sorti de ses gonds, mercredi après-midi à l'Assemblée nationale. Il suffisait qu'il prononce la date de "2004" pour qu'aussitôt, venus des bancs de la gauche, fusent en réponse de sonores "2007". Réaction de Nicolas Sarkozy, pointant du doigt les députés socialistes : "Même si on arrive à faire baisser en 2004 la délinquance de 4%, on ne récupèrera pas le mal qu'ils ont fait en leur temps". |
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