Quand la violence s'invite au tribunal

Par Philippe MATHON, le 16 janvier 2004 à 11h42 , mis à jour le 16 janvier 2004 à 15h12

Les témoignages d'actes de violences perpétrés dans l'enceinte d'un tribunal sont de plus en plus fréquents. Voici deux illustrations recueillies par tf1.fr.

vignette faits divers 2 © INTERNE

Bagarre générale à l'audience

Mardi 13 janvier 2004, tribunal de Saintes (Charente-Maritime). Aucun policier n'est présent à l'audience. Il est 22 heures, on aborde une banale histoire de vol de mobylette. Le substitut requiert des peines de travail d'intérêt général pour les auteurs de l'infraction. Pas vraiment l'affaire du siècle. Tout à coup, la victime s'agite et hausse le ton : "Et mes sous, et moi ?", lance-il aux magistrats. Le substitut fait œuvre de pédagogie et explique au jeune homme le fonctionnement de la justice. Que c'est le président de l'audience qui statuera sur son cas.

"Et là, ça a explosé", raconte une magistrate. Une bagarre éclate entre deux bandes rivales. Les coups pleuvent, les sièges sont lacérés à coups de cutters. "Quand on convoque quelqu'un à 14 heures et que son affaire est finalement traitée à 22 heures, vous avez la cristallisation des passions et des conflits, explique la magistrate. Les esprits se sont échauffés et les bandes ont eu des heures pour se regarder de travers". Les magistrats présents à l'audience ont été entendus. Une enquête a été ouverte pour tenter de retrouver les auteurs du saccage

Témoignage de Luc Barbier, juge des affaires pénales à Evry

"Certaines personnes bien placées m'ont dit qu'il fallait cesser de parler d'Evry. Qu'il fallait que les journalistes fassent des reportages dans d'autres juridictions... Mais pour nous, les conditions de travail restent les mêmes. Malgré notre cri d'alarme lancé à la fin de l'année 2003, les policiers brillent toujours par leur absence car personne ne leur donne l'instruction de venir aux audiences. Bien sûr, des incidents ne se déroulent pas tous les jours, mais les outrages à magistrats existent : "sale chien", "enc…", "mange tes morts", "ta décision, j'me la mets au c..", "tu n'auras pas mon fric"… Ce que l'on supporte en région parisienne, on ne le tolèrerait jamais en région car là-bas, ils ont des policiers !

Il y a ceux qui mangent en pleine audience. Ceux qui laissent leurs téléphones mobiles sonner cinq ou six fois. Il n'y a pas longtemps, un procureur agacé a lancé en direction du propriétaire d'un mobile : "Ca suffit maintenant, donnez-moi votre téléphone". Que s'est-il passé ? Faute de présence policière, l'intéressé a quitté le Tribunal en courant, au nez et à la barbe du magistrat.

Dans notre juridiction, la hiérarchie a conseillé à une juge des libertés et de la détention d'éviter de rentrer chez elle par le RER. On lui a suggéré de prendre le taxi, ça lui a coûté quarante euros. Un autre jour, alors qu'elle venait de sortir du Palais de justice, elle est revenue en courant. Elle m'a ravonté que lorsqu'elle croise des familles dans le hall du Palais, elle ne dit pas qu'elle est juge. De peur d'être agressée. Après l'audience, le vendredi soir, les trois magistrats sortent toujours ensembles, jamais seuls. On ne sait jamais.

Aujourd'hui, je crois que les choses commencent à bouger. J'ai confiance - je suis peut-être naïf - en notre garde des Sceaux qui a vraiment pris conscience de notre situation. Mais pour les chefs de Cour, la question reste tabou. Surtout, ne pas en parler. Surtout, ne pas faire de bruit".

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Par Philippe MATHON le 16 janvier 2004 à 11:42
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