Un ancien activiste italien arrêté à Paris

Par Philippe MATHON, le 11 février 2004 à 11h59 , mis à jour le 11 février 2004 à 18h29

Une demande d'extradition a été formulée par les autorités italiennes qui accusent Cesare Battisti de plusieurs meutres perpétrés dans les années 70-80.

Cesare Battisti Paris, 2001 (© Francesco Gattoni) © INTERNE

Cesare Battisti se savait en sursis. "Je suis extrêmement méfiant", expliquait-il à France Soir, en août 2002, deux jours après l'expulsion vers Rome de son ami Paolo Persichetti. "La France se comporte comme la dernière des dictatures du tiers-monde", disait-il alors. Battisti, l'ancien responsable-fondateur du "mouvement des prolétaires armés pour le communisme", a été arrêté mardi à Paris par la division nationale antiterroriste et aussitôt placé sous écrou extraditionnel.

Les avocats de Cesare Battisti ont déposé mercredi une demande de mise en liberté provisoire. "Ce qui est choquant au regard de l'état de droit, c'est que sa situation avait déjà été évoquée en 1991: il a déjà fait l'objet d'une demande d'extradition en 1991, pour les mêmes accusations, et les magistrats français ont dit non à l'extradition. Donc, il a la protection juridique de la France, de par cet avis défavorable à l'extradition", a déclaré l'un de ses défenseurs, Me Irène Terrel.

En interpellant Battisti, la justice française a répondu à la demande des autorités italiennes qui le réclamaient pour l' "exécution de deux peines" de prison à perpétuité pour meurtres. L'intéressé nie farouchement les faits. Ce qu'on lui reproche apparaît parfois comme absurde : il est notamment accusé de deux meurtres commis à vingt-cinq minutes d'intervalle à Venise et à Milan.  Cesare Battisti  n'a jamais souhaité s'expliquer sur son passé d'activiste. "J'assume cette période historique", disait-il simplement en 2002, invoquant une période de "violence quotidienne dans la rue et l'obligation pour les gens de se défendre".

"Jurisprudence Mitterrand"

Evadé en 1981 de la prison romaine de Frosione, Cesare Battisti avait traversé les Alpes à pied. Après huit années de clandestinité au Mexique où il rencontra le sous-commandant Marcos, il revint en France en 1990. Pour lui, la France était "le seul pays au monde où une existence officielle était possible". Titulaire d'un titre de séjour obtenu rapidement, il avait ensuite entamé une carrière d'auteur de romans noirs. Pour assurer ses fins de mois, il était gardien d'immeuble dans le 11 ème arrondissement de Paris.

On estime à une centaine le nombre d'activistes ou sympathisants de l'extrême gauche italienne réfugiés en France. Tous jouissaient de la "jurisprudence Mitterrand" qui consistait alors à ne pas extrader ces personnes à condition qu'elles s'engagent à rompre avec leur passé militant. Au fil des années, cette décision passait de plus en plus mal de l'autre côté des Alpes. En mars 2002, le ministre de la Justice italien de l'époque avait même accusé la France d'être un "sanctuaire de terroristes". Il faut dire que le gouvernement de Lionel Jospin entretenait alors de très mauvais rapports avec le gouvernement de Silvio Berlusconi.

"Changement d'attitude"

Finalement, la "jurisprudence Mitterrand" aura tenu jusqu'en août 2002, date de l'extradition de l'un de ses bénéficiaires, Paolo Persichetti. Recevant le mois suivant son homologue italien, le garde des Sceaux Dominique Perben "assumait" un "changement d'attitude" de la France sur ce problème épineux. Les deux ministres étaient convenus de passer l'éponge pour les faits datant d'avant 1982. Pour les faits commis dans la période 1982-1993, Dominique Perben avait dit que la France examinerait les dossiers "au cas par cas" en fonction des "conditions dans lesquelles s'étaient passés les procès en Italie".

Photo : Cesare Battisti, Paris, 2001 (© Francesco Gattoni)

Par Philippe MATHON le 11 février 2004 à 11:59
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