Spéculations autour d'Alain Juppé

Par P.M. (Avec AFP), le 03 février 2004 à 07h00 , mis à jour le 03 février 2004 à 16h35

Après sa condamnation par le tribunal de Nanterre, l'ancien Premier ministre annoncera sa décision sur son avenir politique au 20 heures de TF1. Ses amis de l'UMP parient sur son départ.

alain juppe assemblee condamnation ovati © INTERNE

A l'UMP, quelques heures avant la prestation télévisée d'Alain Juppé, ce soir au 20 heures de TF1, chacun y va de son pronostic. Il est "sur le départ", glisse Patrick Ollier (UMP), président de la commission des Affaires économiques de l'Assemblée. Tout en soulignant ne pas disposer d'informations. Au sujet du pot d'amitié organisé mardi midi en l'honneur d'Alain Juppé par les 140 salariés du siège de l'UMP à Paris, un cadre de la formation chiraquienne préfère parler de "pot d'adieu". "Alain Juppé nous a confié combien il avait été touché par les milliers de messages de soutien et de sympathie que lui ont envoyés ses amis politiques, mais aussi de très nombreux Français", ont indiqué plusieurs participants.

Pour l'occasion, une grande banderole blanche en lettres bleues avait était déployée sur la façade du parti chiraquien : "Bienvenue à la maison". Selon certains, Alain Juppé aurait lâché, à l'issue d'une "standing ovation" de plus de dix minutes : "Maintenant, je sais que de nombreux Français m'aiment". Aux convives, parfois en pleurs, il a tenu tant bien que mal à garder le secret sur son avenir : "Essayez de comprendre. Je réserve ce que j'ai à dire pour ce soir". Quelques minutes plus tôt, lors de la réunion du groupe UMP de l'Assemblée nationale en présence du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, Alain Juppé a confié à l'assistance avoir eu "le sentiment que le ciel [lui était] tombé sur la tête" au moment de l'énoncé du jugement de Nanterre.

"Je respecte l'indépendance de la justice"

A l'Assemblée, en début d'après-midi, Jean-Pierre Raffarin a semblé acter un départ d'Alain Juppé de la vie politique "active". "Le service du pays peut prendre mille formes. Nombreux sont les Françaises et les Français qui servent aujourd'hui leur pays. L'idée du service de la France ne préjuge pas du statut du serviteur", a-t-il dit.

Au passage, le Premier ministre est revenu sur sa petite phrase prononcée le jour de la condamnation d'Alain Juppé à 18 mois de prison avec sursis. Il avait déclaré avoir été "surpris" par la décision du tribunal de Nanterre, soulignant qu'elle était "provisoire" et que la justice se prononcerait "définitivement après appel dans quelques mois". Une petite phrase qui avait été considérée pour beaucoup comme une violation du principe de la séparation des pouvoirs et une entorse à la souveraineté des juges. "Je respecte l'indépendance de la justice et je respecte aussi ses décisions", a expliqué mardi le Premier ministre. Je tiens à vous dire que je n'ai pas souhaité et je ne souhaite pas jeter le discrédit sur la justice et ses décisions. Ma déclaration de chef du gouvernement était à la fois sincère et responsable. J'y suis fidèle en réaffirmant ici, sereinement, paisiblement, mon amitié pour Alain Juppé, amitié qui n'est pas incompatible avec le respect de l'indépendance de la justice."

Malgré les rumeurs insistantes qui ont circulé sur une possible déclaration du député-maire de Bordeaux en cours de journée, Alain Juppé ne devrait pas s'exprimer avant ce soir. Lundi soir, après avoir reçu le soutien appuyé de Jacques Chirac, qui lui a témoigné depuis Marseille son "amitié", son "estime" et son "respect", Alain Juppé a dîné avec le chef de l’Etat à l'Elysée. Aucune information n'a filtré au sujet de cette rencontre.

Par ailleurs, la polémique sur le jugement de Nanterre se poursuit. Ainsi, Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS à l'Assemblée nationale, s'est déclaré "choqué" du soutien public de Jacques Chirac à Alain Juppé, car le chef de l'Etat donne "l'impression qu'il fait pression" sur la justice. Il a souligné aussi que "l'extrême sévérité" des attendus du jugement "ne visait pas qu'Alain Juppé, mais aussi Jacques Chirac". "Ce n'est peut-être pas Alain Juppé qui aurait dû être à Nanterre, mais Jacques Chirac, protégé par son statut" de président de la République, a-t-il observé. Pour sa part, Jacques Toubon, ancien garde des Sceaux RPR, a remis en cause la loi de 1995, "excessive dans sa brutalité".

Photo d'ouverture : Alain Juppé ovationné par les parlementaires UMP, mardi à l'Assemblée - DR

Tf1.fr vous proposera mardi soir de suivre en direct l'interview d'Alain Juppé au journal de 20 heures de Patrick Poivre d'Arvor

Par P.M. (Avec AFP) le 03 février 2004 à 07:00
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