Bertrand Cantat, un engagé enragé

Par , le 11 mars 2004 à 17h31 , mis à jour le 17 mars 2004 à 13h12

Jusqu’à la nuit tragique de Vilnius, le chanteur de Noir Désir était la figure incontournable du rock français. Son engagement à gauche en avait fait l'icône de la jeunesse rebelle, dont il était devenu le héraut.

Le chanteur de Noir Désir Bertrand Cantat © INTERNE

On disait souvent de lui qu'il était le Jim Morrison français. Comme le chanteur des Doors, Bertrand Cantat, aujourd'hui âgé de 39 ans, dégageait il est vrai une aura certaine, notamment lors de ses prestations sur scène. Et comme Jim Morrison en son temps, ses prises de position sur le monde l'avaient transformé en symbole d'une certaine rébellion.

En une dizaine d'années, Noir Désir, la formation créée par Bertrand Cantat avec trois copains de lycée (Serge Teyssot-Gay, Frédéric Vidalenc et Denis Barthe), s'était en effet imposé comme le groupe de rock français le plus populaire depuis Téléphone. Tout d'abord, bien sûr, par la musique elle-même. Noir Désir, c'est un univers sombre et lyrique, où se côtoient guitares lourdes et paroles empreintes de poésie. Leur association à la voix si caractéristique du chanteur, capable d'enchaîner pendant plusieurs minutes des hurlements proches de l'extase, fut la clé du succès, les "Noirdez"  conquérant un public de plus en plus large au fil des années. Egalement parolier du quatuor, Bertrand Cantat en était devenu logiquement, grâce à une personnalité très affirmée, le leader charismatique.

De l'anti-mondialisme à l'anti-fascisme

Son engagement dans les thèmes de société fera le reste. Provocateur, il ne se gêne pas pour crier haut et fort ses idées libertaires et anarchistes, en marge des partis politiques. Avec les autres membres du groupe, il défile souvent aux côtés d'Attac ou des sans-papiers, donne des concerts de soutien aux immigrés ou caricature les boys-bands dans le clip de "L'homme pressé". Farouche partisan de José Bové, il développe les thèses alter-mondialistes défendues par le leader de la Confédération paysanne. Et, bien sûr, voue une hostilité de tous les instants au Front national, qu'il combat par les mots. "FN souffrance, qu'on est bien en France" écrit-il par exemple dans "Un jour en France" en 1996.


Les Victoires de la Musique 2002
Francetélévisions-
Refusant toute compromission avec le monde du show-bizz, il fuit les mondanités et n'apparaît jamais sur les plateaux télé. C'est là qu'il fera paradoxalement son plus beau coup d'éclat. Le 9 mars 2002, le groupe, nominé aux Victoires de la Musique, décide de faire le déplacement au Zénith. On pouvait dès lors penser qu'il ne se contenterait pas d'un simple discours de circonstance. On ne fut pas déçu. Bertrand Cantat lit une lettre adressée à son "Camarade, président", Jean-Marie Messier, toujours PDG à l'époque de Vivendi Universal, propriétaire de Barclay, la maison de disques de Noir Désir. La diatribe, violente, ne passe pas inaperçue. Et renforce la cote de son auteur dans la jeunesse, au moment même où s'élance la tournée qui suit la sortie du nouvel album "Des visages, des figures".

Face sombre ?

Reste désormais à déterminer exactement pourquoi Bertrand Cantat a-t-il frappé Marie Trintignant à mort dans la nuit du 26 au 27 juillet 2003 à Vilnius ? Derrière son image d'artiste respectable et respecté, avait-il une face cachée, plus sombre et plus violente ? Une seule chose est certaine : c’est par amour qu’il était venu rejoindre dans la capitale lituanienne celle avec qui il vivait depuis quelques mois. Comme toujours, ce changement radical dans sa vie -son épouse venait de mettre au monde leur second enfant- s’était fait dans la discrétion, bien loin des magazines à scandales.

Depuis le drame, sa famille, sa femme et les membres de Noir Désir, qui ont loué un appartement sur place, se relaient à Vilnius pour lui rendre visite dès que possible. Ils décrivent un homme conscient du mal qu’il a occasionné et qu’il ne pourra jamais réparer. Un homme prêt à payer pour ses actes. Ni plus, ni moins.

(photo afp-Fred Tanneau : Bertrand Cantat en concert)

  • Bertrand Cantat en a fini avec la justice

    Le contrôle judiciaire imposé au chanteur de Noir Désir, depuis sa libération conditionnelle en octobre 2007, prendra fin jeudi. Condamné pour le meurtre de Marie Trintignant, il aura fini de purger sa peine.

    Publié le 28/07/2010 Bertrand Cantat en a fini avec la justice
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Par Fabrice Aubert le 11 mars 2004 à 17:31
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