© INTERNEQui sont les mystérieux maîtres-chanteurs d'"AZF" qui menacent de faire sauter des trains ? Des crapules, selon le ministre de la Justice qui semblait écarter jeudi matin l'hypothèse d'un réseau terroriste organisé. "Je pense qu'on est plutôt dans la crapulerie", a estimé sur RTL Dominique Perben. Néanmoins, "certains éléments techniques nous laissent à penser qu'il peut s'agir de gens suffisamment dangereux pour qu'on prenne très au sérieux cette affaire", a nuancé le Garde des Sceaux. La rançon de plusieurs millions sera-t-elle versée ? Le ministre se refuse à toute indication.
Depuis la divulgation de l'affaire par La Dépêche du Midi mercredi, "AZF" n'a plus donné de nouvelles. Officiellement du moins. Le système de communication imaginé par les enquêteurs, par le biais de petites annonces dans Libération, est "grillé, carbonisé" (notre encadré), selon les policiers. Le dernier et seul contact téléphonique connu avec les terroristes reste celui au cours duquel avait été fixé un rendez-vous pour le versement de la rançon, opération avortée. "Maintenant, il faut attendre que ces personnes nous recontactent pour organiser quelque chose", espèrent les policiers qui redoutent qu' "AZF" disparaisse dans la nature.
Inspection des voies
Malgré le flou de la menace, la SNCF a relevé d'elle-même à l'orange le degré d'alerte du plan antiterroriste Vigipirate. Près de 10 000 cheminots ont terminé jeudi matin l'inspection des 32 000 kilomètres du réseau ferré français "pour vérifier qu'il n'y a pas de bombe". Les syndicats ont exprimé leur inquiétude. "Des mesures sont prises depuis déjà plusieurs jours, des mesures de surveillance", a assuré Dominique Perben sans toutefois les préciser.
Pour les ministères de l'Intérieur et de la Justice, l'information n'aurait jamais dû sortir dans la presse. "Pour d'évidentes questions de sécurité", expliquait-on mercredi Place Beauvau. Et, si le ministère a confirmé que les mystérieux terroristes réclamaient bien plusieurs millions d'euros et menaçaient de faire sauter des trains, ministres et autres responsables avouaient ne rien connaître d'"AZF". "Nous recherchons très activement depuis déjà plusieurs semaines quels peuvent être les auteurs de ce mélange de sinistre plaisanterie et de menaces contre la sécurité des Français", a indiqué Dominique Perben jeudi matin.
"Digne d'un artificier"
"Nous ne savons rien de ce groupe mais nous prenons ces menaces au sérieux", avait déclaré la veille Nicolas Sarkozy qui avait demandé de "laisser la police et la gendarmerie travailler dans la discrétion afin de se donner le maximum de chances pour préserver la sécurité des Français". Le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire le 18 février, confiée à deux juges antiterroristes, Jean-Louis Bruguière et Philippe Coirre. L'enquête a été confiée conjointement à la Division nationale antiterroriste et à l'Office central pour la répression du grand banditisme.
Officiellement, les autorités disposent de peu d'éléments sur les maitres-chanteurs qui se sont baptisés "AZF". Des sources proches du dossier font état d'obscures revendications politico-économiques. Rien ne permet d'établir un lien avec l'usine AZF de Toulouse qui avait explosé en 2001. La piste islamiste ou tchétchène est également écartée. Seule certitude : le premier engin explosif découvert et désamorcé le 21 février près de Limoges était "digne d'un artificier ou d'un élève très doué", ont expliqué les sources de l'AFP. A en croire les maîtres chanteurs , il en resterait dix autres munis d'un déclencheur à retardement préprogrammé, selon des sources proches du dossier.
Comment "Suzy" et son "gros loup" communiquaient |
Pour communiquer discrètement, la police "Suzy" et le groupe "AZF" "mon gros loup" avaient choisi les petites annonces dans le quotidien Libération. Chacune d'elles comportait un numéro de téléphone et un autre de fax, pour permettre à "AZF" de faire connaître ses réponses. La première remonte au 19 février, lorsque "Suzy" écrit : "Mon gros loup, ne prenons pas de risques inutiles, le plus tôt sera le mieux. Donne moi tes instructions". La dernière, le 3 mars, regrette "... Pas vu ton foulard bleu, fais-moi signe". La bâche bleue posée dans un pré, annoncé par les terroristes comme étant le lieu où la rançon devait être larguée de l'hélicoptère, n'avait pas été trouvée…
(Image d'archives : Dominique Perben)
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