Les éléments-clés de l'enquête

Par , le 11 mars 2004 à 17h03 , mis à jour le 29 juin 2004 à 21h57

Parlant tout d'abord d'un accident, Bertrand Cantat a ensuite admis avoir frappé Marie Trintignant. Poursuivi en France pour "coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner", il est jugé en Lituanie pour "homicide volontaire".

Bertrand Cantat au tribunal lituanien © LCI

LES DECLARATIONS DE BERTRAND CANTAT
A l'hôpital de Vilnius, Bertrand Cantat subit un premier interrogatoire le 29 juillet où il parle d'un "accident, d'une folie, pas d'un crime". Une reconstitution a lieu le lendemain.

Le 31 juillet, il comparaît dans une petite salle du tribunal de Vilnius. Dans la pièce, à quelques mètres de lui, se trouvent la famille Trintignant ainsi que Kristina Rady, sa femme, et les trois autres membres de Noir Désir. Il est placé en détention provisoire à l'issue de l'audience avant d'être inculpé formellement pour "meurtre" le 8 août.

Le 21 août, l'affaire prend une autre dimension quand le chanteur reconnaît avoir frappé Marie Trintignant, ce que l'autopsie avait déjà révélé. Lors de son audition par la juge Turquey, venue de Paris, il explique que sa compagne est tout d'un coup devenue "hystérique" et lui a "donné un coup de poing" avant de se jeter sur lui.


L'interrogatoire de Bertrand Cantat,
publié par Le Parisien-
Voici les principaux passages de sa déposition, publiée par Le Parisien fin février : "J'ai perdu l'équilibre (…). Je suis devenu furieux (…). J'ai donné de fortes baffes à Marie (…). Elle se tenait debout dans l'encadrement de la porte de la salle de bains. Ca s'est passé très vite (…). Il est possible que la tête de Marie ait heurté le chambranle. J'en avais assez de tout ça, je voulais la faire taire. Après les gifles, j'ai saisi Marie. Nous nous sommes agrippés l'un à l'autre. Je l'ai traînée dans le salon. J'ai perdu l'équilibre et j'ai jeté Marie sur le sofa". Bertrand Cantat explique alors qu'il a essuyé le sang qui coulait sur le visage de sa compagne et l'a portée au lit, croyant qu'elle dormait. "Je ne pensais pas que son état était grave".

LES EXPERTISES
Marie Trintignant est morte des coups donnés -dix-neuf au total, dont sept à la tête- par Bertrand Cantat. Les conclusions de l'autopsie et d'un rapport complémentaire écartent la thèse de l'accident. Mais elles peuvent être interprétées différemment.

Ainsi, d'après la dernière expertise, les déclarations de l'accusé seraient "en partie compatibles" avec les lésions constatées sur le visage de la victime. De même, pour expliquer la passivité du rocker après la bagarre, les experts soulignent que "pour un profane, l'état de coma peut être confondu avec le sommeil d'autant plus facilement que la respiration est régulière et profonde". En revanche, ils ajoutent que les blessures ont été occasionnées par des coups plus nombreux et surtout plus violents -quatre coups de poing- que la version donnée par le chanteur.

CE QUI EST CERTAIN, CE QUI NE L'EST PAS
La cause de la dispute ?
La jalousie. Bertrand Cantat, qui venait de décider de limiter ses échanges avec sa femme au strict minimum, attendait que Marie Trintignant en fasse de même avec ses anciens compagnons -ses quatre fils sont nés de quatre pères différents. Un SMS envoyé quelques heures plus tôt par Samuel Benchetrit, le mari de la victime, a aggravé la situation. Il se concluait par l'expression chaleureuse "Ma petite Janis", en référence au film que le cinéaste venait de tourner avec Marie Trintignant. La défense devrait utiliser cette jalousie à décharge.

Le couple avait-il bu ?
Oui, notamment de la vodka -plus d'un litre- chez Andreus Leliuga, l'assistant du tournage chez qui il avait passé une partie de la soirée. En revanche, aucune drogue dure n'a été décelée.

Marie Trintignant aurait-elle pu être sauvée en étant opérée plus tôt ?
Difficile de répondre. En revanche, elle n'avait plus aucune chance de survie à son arrivée aux urgences. La passivité de Bertrand Cantat est retenue comme élément à charge par la justice lituanienne.

Bertrand Cantat était-il violent avec ses compagnes ?
Absolument rien n'a été trouvé pour confirmer cette hypothèse, aussi bien dans les hôpitaux que dans les commissariats. Le témoignage d'une maquilleuse de l'équipe apparaît donc bien mince. Agnès Tassel affirme que Kristina Rady lui a dit avoir été battue, comme plusieurs femmes auparavant. L'épouse de Bertrand Cantat dément. Sans en connaître le contexte précis, le SMS envoyé par Marie à sa mère quelques jours avant le drame et signé "ta fi-fille battue" est également peu significatif.

L'accident de voiture de Marie Trintignant, blessée au visage en 1991, a-t-il laissé des séquelles à l'actrice ?
La justice française refuse d'enquêter sur ce sujet. Mais Me Metzner, l'avocat du prévenu, a bien l'intention de l'aborder au procès.

LE PROCES
La Lituanie ayant rapidement fait savoir qu'elle désirait juger l'accusé, aucune procédure d'extradition n'a été entreprise -la justice française a néanmoins ouvert une enquête pour "coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner".

Le procès a donc lieu à Vilnius et devrait durer environ un mois. Comme le jury populaire n'existe pas dans ce pays balte, Bertrand Cantat sera jugé par trois magistrats professionnels. Les avocats des deux parties ne peuvent également s'exprimer qu'en lituanien, ce qui empêche de fait à Me Kiejman, le conseil de la famille Trintignant, et Me Metzner, de plaider.

CE QUE RISQUE BERTRAND CANTAT
Il est renvoyé pour "homicide volontaire", passible de quinze ans de prison. Le procureur a néanmoins indiqué qu'il ne comptait pas requérir la peine maximale car il s'agit du meurtre d'un proche, un crime qui bénéficie de circonstances atténuantes en Lituanie.

Le chef d'accusation peut d'ailleurs évoluer pendant les débats. Deux autres qualifications existent en Lituanie : le "meurtre indélibéré" (équivalent plus au moins à notre "homicide involontaire", quatre ans au maximum) et surtout le "meurtre commis sous l'empire de la passion", engendré par le comportement de la victime, passible de six ans de prison. La défense devrait utiliser cette dernière solution.

S'il est condamné, le chanteur pourra demander à purger sa peine en France. La Lituanie devrait accepter si Paris s'engage à ce qu'il en accomplisse la totalité.

(photo : Bertrand Cantat lors de sa première comparution, le 29 juillet)

  • Bertrand Cantat en a fini avec la justice

    Le contrôle judiciaire imposé au chanteur de Noir Désir, depuis sa libération conditionnelle en octobre 2007, prendra fin jeudi. Condamné pour le meurtre de Marie Trintignant, il aura fini de purger sa peine.

    Publié le 28/07/2010 Bertrand Cantat en a fini avec la justice
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Par Fabrice Aubert le 11 mars 2004 à 17:03
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