© INTERNELes Français vont enfin découvrir La Passion du Christ, dernière réalisation de Mel Gibson qui fait couler autant d'encre que le sang du Christ dans le film. Le cinéaste a choisi de traiter les douze dernières heures de la vie de Jésus, de son arrestation au Mont des Oliviers, après que Judas l'eut "vendu", à sa crucifixion sur le Golgotha en passant par son "procès" et le long et pénible chemin de croix. Ce qui choque au premier abord, c'est le traitement violent et sanguinolent de l'Evangile. Mel Gibson ne nous épargne rien des souffrances endurées par le Christ : la flagellation, le chemin de croix sous les jets de pierres d'une foule hystérique, les clous qui perforent la chair et les os… Une telle débauche de violence et d'hémoglobine, qui vaut au film une interdiction aux moins de douze ans, ne trouve aucune justification, si ce n'est peut-être le reflet de notre époque.
Caricatural
Dommage car ces actes, souvent barbares, parfois insoutenables, contraires aux enseignements évangéliques, viennent voiler le message premier de la Passion de Jésus, celui de l'Amour par la souffrance. En plus de la violence, Mel Gibson offre un traitement plus que simpliste aux différents protagonistes du film : les grands prêtres sont montrés comme des gens qui veulent absolument la peau de cet hérétique ; Pilate est représenté comme un homme fatigué d'être le Consul de cette province et cède facilement à la pression populaire pour éviter de nouvelles émeutes ; que dire de Hérode montré comme un libertin digne d'un spectacle de cabaret transformiste. Le Mal est également de la partie, personnifié en un être androgyne que seul Jésus peut voir à chaque étapes décisives.
Moments d'émotion
Derrière ses gros défauts, le film, qui bénéficie d'une réalisation impeccable, très rythmée, ne laissant aucune place aux temps morts et surtout mise en valeur par la musique de John Debney, n'est pas dépourvu de qualité. Le choix du tournage en araméen et en latin, les deux langues parlées dans la région à l'époque, donnent une force historique au film. Jim Caviezel est également un Christ convaincant. De plus, la violence, durant les scènes clés, laisse peu de place à l'émotion que l'on retrouve intensément dans les personnages et surtout les regards de Marie et Marie-Madeleine. Des moments d'humanité qui permettent aux spectateurs de souffler. Le réalisateur a également choisi d'évoquer, trop brièvement, quelques étapes de la vie du Christ à l'aide de flashs-back : la vision de la trahison d eJudas, l'avertissement à Pierre qui est destiné à le renier trois fois, le "sauvetage" de Marie-Madeleine, la Cène et ce message : "Aimez-vous les uns, les autres".
Une Passion assumée
A l'approche des fêtes de Pâques, ce film, qui sera certainement l'un des plus vus de l'année, donne à la communauté chrétienne l'opportunité de se pencher sur la vie du Christ (beaucoup espèrent d'ailleurs que cela pousse les croyants à se replonger dans les textes). Quant au présumé message antisémite, il faut le chercher, il est plus subliminal que réellement montré. Preuve en est, le parti pris de ne pas montrer le parcours entier du Christ de sa naissance à sa mort et donc des causes qui ont amené son exécution. Pour conclure, il ne faut pas oublier que le Christ a voulu cette Passion, selon la religion catholique. Elle ne peut en aucun cas être imputée à qui que ce soit : "Il a donné Sa vie pour nous… Personne ne la Lui a prise". Et après tout, ce film, sans en occulter la portée historique, reste du cinéma.
Photo : Jim Caviezel (Jésus) et Maia Morgenstern (Marie) dans le film "La Passion du Christ" de Mel Gibson (Copyright Icon)
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