Police : la prime Sarkozy devient réalité

Par Philippe MATHON, le 24 mars 2004 à 16h14 , mis à jour le 25 mars 2004 à 15h24

Longtemps évoquée, la prime au mérite voulue par le ministre de l'Intérieur a été approuvée jeudi par l'administration et les représentants syndicaux. Les premières gratifications devraient intervenir à la fin de l'année. tf1.fr en détaille le dispositif.

sarkozy police afp JEAN AYISSI 08-12-2003 © INTERNE

Nicolas Sarkozy en avait fait une de ses "priorités" pour 2004. Jeudi matin, dans les bureaux de la direction de l'administration de la police nationale (DAPN), l'état-major de la police et la plupart des syndicats ont donné un "avis favorable" à la mise en place d'une "prime pour résultats exceptionnels". Ce "bonus", défendu par le ministre de l'Intérieur dès le mois de décembre 2002, devrait être versé à chaque fin d'année calendaire afin de récompenser les fonctionnaires et/ou les services les plus "performants". Un bilan d'étape sera effectué dans deux ans pour évaluer l'efficacité du dispositif.

Cette innovation ne s'est pas faite sans douleur. Le 19 février, le projet initial du patron de la DAPN, le préfet Claude Baland, avait été retoqué par les organisations syndicales. Deux nouvelles réunions ont été nécessaires pour recueillir l'assentiment des organisations syndicales avant le vote formel, jeudi matin. Selon nos informations, chaque direction de la police se verra doter de la même attribution au prorata de ses effectifs. "Une mesure nécessaire pour que les 'petits flics' ne soient pas oubliés au profit des maisons prestigieuses comme la PJ", explique un syndicaliste qui a longtemps redouté les "manips" de la place Beauvau.

"Eviter le copinage et l'arbitraire"

Concrêtement, une enveloppe de 5 millions d'euros - contre 25 millions initialement annoncés par Nicolas Sarkozy - sera versée par la hiérarchie sous le contrôle a priori et a posteriori des syndicats. Tout se passera à l'échelle des départements sur le même système que celui utilisé aujourd'hui pour les avancements ou les mutations. "On voulait absolument éviter le copinage et l'arbitraire des cheffaillons prêts à faire faire tout et n'importe quoi à n'importe qui en échange d'un su-sucre", décrypte un policier. Le montant annuel de la prime pour les policiers de tous grades est fixé à 400 euros à titre collectif et varie de 100 à 500 euros à titre individuel, les deux pouvant être cumulées.

Les premières collectives concerneront essentiellement des services comme la PAF (police de l'air et des frontières), la sécurité publique ou la police urbaine de proximité alors que les primes individuelles seront suceptibles d'échoir à des unités plus sensibles comme la DST. Un système qui pourrait permettre de "cadrer" davantage les pratiques anciennes mais toujours en vogue dans certains services. "Ce nouveau système de primes est budgété dans le projet de loi de finances 2004, donc totalement transparent, note le même policier. On connaîtra les sommes exactes dévolues à telle personne ou tel service, il n'y aura plus d'évaporation systématique des enveloppes en liquide destinées aux gratifications dans les affaires d'investigation".

"Pas des chasseurs de primes ! "

La réforme est globalement bien perçue par les syndicats de policiers interrogés par tf1.fr. "Tout est propre, net, et reflête toutes nos demandes. Il y aura une totale transparence, c'est du pouvoir d'achat donné aux collègues", se félicite Jean-Pierre Raynaud, le patron du Snop (syndicat national des officiers de police), tout en attendant, à l'avenir, "des ajustements et des sous en plus". Du côté de Synergie officiers, on affiche une certaine sérénité : "Globalement, nous sommes satisfaits car la réforme touche tout le monde, du chef de service à la secrétaire, en passant par l'adjoint à la sécurité. Les méthodes de contrôle sont fiables car ce sont celles que nous utilisons depuis des années pour les procédures d'avancements. Mais nous pensons qu'il était possible de récompenser les fonctionnaires méritants par le jeu des avancements prévu par nos textes", note Patrice Ribeiro, le délégué Ile-de-France.

Le Syndicat national des policiers en tenue (SNPT) et le syndicat général de la police (SGP-FO) ne sont pas sur la même longueur d'onde. "Nous ne sommes pas des chasseurs de primes ! , lance Christophe Tirante, du SGP-FO. Le ministre de l'Intérieur nous a demandé de fournir beaucoup d'efforts, ce qui a été fait. Il a inventé de nouvelles méthodes de management (chaque mois sont désignés les Top 5 des meilleurs départements - et des moins bons - en matière de lutte contre l'insécurité, NDLR), ce qui a provoqué une pression supplémentaire sur les policiers. Aujourd'hui, avec cette prime, j'ai peur que s'installe un système pernicieux". Le représentant craint que le travail de policier devienne "un immense safari quotidien où il faudra verbaliser tout ce qui bouge". "Si aujourd'hui, être méritant, c'est assassiner le citoyen, dit-il, on s'éloigne très fortement de la mission de la police républicaine". Le SGP-FO a organisé jeudi matin une action de sensibilisation des citoyens devant les fenêtres de la DAPN, à Paris au métro Bir-Hakeim.

Sarkozy à nouveau retoqué

La "discrimination positive" en faveur des personnes étrangères, chère à Nicolas Sarkozy, est-elle définitivement enterrée ? On se souvient des remontrances du chef de l'Etat ("Ce n'est pas correct") après les déclarations du ministre en faveur de la nomination d'un "préfet musulman". Il faudra maintenant parler d'un autre précédent : les "cadets de la police". Le projet de réforme évoqué jeudi prévoyait initialement que ces jeunes de 16 ans, formés en alternance dans des écoles de police, devaient être recrutés en priorité dans les "23 zones difficiles" ciblées par le ministère ou parmi les harkis. Emoi des syndicats de police qui, au nom de "l'égalité républicaine", ont fait feu de tous bois, parlant diplomatiquement d'une "maladresse". Résultat : le texte a été reformulé et mentionne désormais que toutes les personnes motivées par le port de l'uniforme seront les bienvenus dans les écoles de police

P.M.

Photo AFP : Nicolas Sarkozy examine le gilet pare-balles d'un policier, le 08 décembre 2003 à Paris.

Par Philippe MATHON le 24 mars 2004 à 16:14
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