© INTERNE- Nelly Staderini, sage-femme pour Médecins du Monde
Le combat contre les souffrances physiques et psychiques autour de la naissance me semble primordial. En tant que sage-femme, je trouve insupportable que l'on n'arrive pas à soulager les femmes de leurs souffrances physiques lors des accouchements (que ce soit dû à des contractions très douloureuses, l'application d'un forceps quand une péridurale ne fait pas trop
![]() Nelly Staderini |
Concernant les douleurs psychiques, je pense à femme qui enfante d'un non désir, d'une autre qui est perdue entre le besoin et la peur de faire connaissance de son enfant mort-né... C'est dur, ce ne sont pas des images que l'on associe souvent aux sages-femmes - que l'on préfère imaginer en rose - mais on parle bien de combat n'est-ce pas ?
- Marie-Dominique de Suremain, Fédération Nationale Solidarité Femmes
![]() Marie-Dominique de Suremain |
Depuis que nous, les femmes, avons gagné plus d'indépendance, nous avons l'impression que tous les problèmes sont résolus… alors que dans l'ombre subsistent les violences. Il y a aussi la peur de toucher au père, à l'image de l'homme. On a souvent l'impression que si un homme violent va en prison, cela va affecter ses enfants… mais la société doit mettre une limite et ne pas promouvoir l'impunité surtout aux yeux des enfants. Faire reconnaître cette violence et la faire reculer, c'est un combat pour le 21e siècle !
La Fédération Nationale Solidarité Femmes coordonne 58 associations qui font de l'accueil et de l'hébergement sur le terrain. Elle gère également une plate-forme téléphonique qui reçoit environ 15 000 appels par an. Chaque association héberge en une année environ 2 500 femmes et 2 700 enfants et accompagne 30 000 situations. En France, environ 400 000 femmes sont battues ou maltraitées physiquement et 1 500 000 sont victimes de différentes formes de violences : psychologiques, sexuelles, morales et physiques…
Suite des témoignages en page 2
- Emmanuelle Millet du Secours populaire
Le combat du Secours populaire est de déclencher chez les femmes victimes de violences conjugale une prise de conscience et pour cela, nous lançons une campagne de sensibilisation. Les femmes doivent comprendre que leur situation n'est pas normale. Il faut mettre fin à leur sentiment de culpabilité : "je mérite ces violences car je suis une mauvaise épouse…".
Ensuite, nous voulons qu'elles osent prendre la parole sans honte afin de sortir de leur isolement. Elles doivent savoir qu'elles ne sont pas seules : une femme sur dix est dans leur cas. Elles doivent admettre que leur conjoint ne changera pas. Au contraire, le cycle de la violence s'accroît lorsqu'elles essayent de "bien faire" en étant le plus soumises possible. Ce n'est pas de l'amour ! On ne leur souhaite pas du bien en les frappant. Elles doivent refuser l'humiliation et la perte d'autonomie progressive qui accompagne les violences. Nous sommes là pour les alerter.
Cette campagne de prévention s'adresse à toutes les femmes y compris les adolescentes et celles qui ont connu des violences dans leur famille. Il faut casser le cycle et faire en sorte que les femmes témoins de violences ou victimes dans leur enfance, ne restent pas victimes en grandissant. Qu'elles cessent de reproduire ce comportement de dominées.
Enfin, les mentalités doivent évoluer. On ne devrait plus entendre "si elle s'est fait battre, c'est qu'elle l'a bien cherché".
Moïra Sauvage, responsable de la Commission Femmes d'Amnesty International France
Une des priorités d'Amnesty international aujourd'hui est de lutter contre toutes les formes de violence faites aux femmes. On a longtemps cru que le progrès allait arranger plein de choses dans le monde. Or on constate un net recul dans de nombreux pays, notamment ceux qui sont aux prises avec les fondamentalistes. Les lois ne sont pas toujours suffisantes et il faut rappeler certaines évidences.
Ce que j'observe dans le monde aujourd'hui, concernant les violences faites aux femmes, me fait penser à ce qui se passait chez nous au 19e siècle : toutes ces situations ont la même origine. Je suis d'une nature optimiste et je pense qu'il faut se mobiliser pour que cela cesse.
A Amnesty International, cela fait quatre ans que nous essayons de faire comprendre l'importance des droits des femmes. Même au sein de notre organisation, cela n'allait pas de soi. Il fallait faire reconnaître la spécificité des femmes sur certains points. Par exemple que les violences à leur encontre sont une atteinte à leurs droits et pas seulement parce lorsqu'elles sont perpétrées sur des militantes. Toutes les femmes sont concernées.
Après deux années de travail, nous lançons cette campagne de sensibilisation. Ce qui est nouveau, c'est que nous avons inclus la notion de droits humains à la place des Droits de l'homme. C'est un premier pas vers la reconnaissance spécifique des violences faites aux femmes. Cela évite de se perdre dans des considérations telles que : "La guerre est la guerre et les violences sont normales pendant les conflits". Il faut cesser d'admettre cela comme quelque chose d'inéluctable. Il faut se battre contre cette idée. C'est également pour cette raison que nous ne faisons pas de différence, dans cette campagne, entre les violences commises au sein du foyer et celles qui ont lieu en temps de guerre.
Photo d'ouverture : défilé de femmes samedi 6 mars à Paris (DR)
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