Robert Merle, un conteur de l'Histoire

Par AFP, le 30 mars 2004 à 19h54 , mis à jour le 30 mars 2004 à 21h12

Le romancier Robert Merle est décédé samedi à l'âge de 95 ans. Son oeuvre mêlait l'histoire à la fiction. Il aimait d'ailleurs se décrire comme "historien".

Robert Merle littérature disparition © INTERNE

Pour avoir mis l'Histoire à la portée de tous, notamment avec sa volumineuse saga "Fortune de France", Robert Merle, décédé à l'âge de 95 ans, a été comparé par certains à "l'Alexandre Dumas du XXe siècle", titre qu'il récusait.

"Je suis un historien", rectifiait-il à l'adresse de ceux qui relevaient dans ses ouvrages recommandés par d'innombrables enseignants le côté romanesque plutôt que le détail historique, d'une précision plus que scrupuleuse. On lui doit d'ailleurs d'avoir tordu le cou à plus d'une légende.

Derrière ce personnage lumineux, qui aimait les mots comme la vie, on avait tôt fait de reconnaître l'érudition du licencié de philosophie et de l'agrégé d'anglais, du docteur ès Lettres, couronné de prix sans les avoir recherchés.

Né le 28 août 1908 à Tebessa (Algérie) où son père était officié, élevé en France à partir de 1918, Robert Merle consacre sa thèse à Oscar Wilde, avant d'enseigner dans les années trente dans un lycée de Bordeaux puis de Neuilly.

Mobilisé en 1939, il est fait prisonnier à Dunkerque en 1940 et ne revient de captivité qu'en 1943. Cet épisode lui inspire son premier roman "Week-end à Zuydcoote", lequel décroche d'emblée le prix Goncourt en 1949 et une adaptation à l'écran par Henri Verneuil en 1964.

Maître de conférences à l'université de Rennes (1949), de Toulouse (1957), avant d'être affecté à Alger (1963), puis à Nanterre (1965), Robert Merle poursuit parallèlement son oeuvre littéraire, dont les titres révèlent la hantise du lieu clos: "La mort est mon métier" (1953) sur le camp d'Auschwitz, "L'Ile" (1962), ou sur un mode plus léger "Derrière la vitre" (1970), récit romancé de l'occupation de la salle des professeurs le 22 mars 1968 à l'université de Nanterre.

Le Succès de Fortune de France

On retrouve le huis-clos dans ses romans d'anticipation qui posent la question de la survie de l'espèce humaine dans un monde livré à la technologie. "Malevil" (1972), est l'histoire imaginaire d'une communauté retranchée dans un château après une guerre atomique, "Madrapour" (1976) l'aventure d'un avion sans équipage, "Le Jour ne se lève pas pour nous" (1986) un récit-reportage sur la vie à bord d'un sous-marin.

Après ses "fables" comme il les appelle, Robert Merle entreprend une saga historique avec "Fortune de France" commencée en 1977. Il avouera avoir eu très peur de s'atteler au passé "en VO", dans la langue du XVIe siècle. Mais le succès est immédiat. L'histoire de la famille de Siorac au temps de la Renaissance plaît tant que Merle enchaîne volume sur volume. Les dix premiers dépassent le cap des 5 millions d'exemplaires.

Le maître du roman historique poursuit sa saga jusqu'en 2003, où le 13ème volume de Fortune de France, "Le glaive et les amours" lui vaut, à l'âge de 94 ans, le Prix Jean Giono. Surnommé en Allemagne "le Dumas du XXe siècle", pour avoir su concilier le succès public et l'estime des critiques, Robert Merle protestait qu'il était, lui, vraiment un historien. Mais il excella aussi dans le récit-reportage, le théâtre et la biographie.

Tiers-mondiste, Croix du combattant, père de six enfants issus de trois mariages, il était lauréat du grand prix de la Ville de Paris (1997).

Par AFP le 30 mars 2004 à 19:54
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