Sarkozy réquisitionné contre l'insécurité économique

Par , le 01 avril 2004 à 07h00 , mis à jour le 01 avril 2004 à 09h39

Nommé ministre d'Etat à l'Economie et aux Finances dans une conjoncture difficile, Nicolas Sarkozy devrait conserver les mêmes méthodes que place Beauvau pour combattre le chômage et faire revenir la confiance.

sarkozy meeting limoges © INTERNE

Faire pour la croissance et l'emploi ce qu'il a fait pour lutter contre l'insécurité. Telle est la logique qui a conduit Jacques Chirac et Jean-Pierre Raffarin à nommer Nicolas Sarkozy à la tête d'un grand pôle économique et social. Pour essayer de ramener la confiance, le couple exécutif compte sur l'énergie et l'expérience d'un homme qui a fait ses preuves place Beauvau et qui connaît très bien Bercy. Il fut ministre du Budget d'Edouard Balladur entre 1993 et 1995.

Après la déroute de son camp dimanche, le chef de l'Etat sait bien qu'il ne sera pas possible de poursuivre les réformes sans un retour durable de la croissance, synonyme de créations d'emplois. Après quatre années de faible activité, Nicolas Sarkozy va donc devoir faire preuve d'ingéniosité pour stimuler la demande intérieure et rendre la confiance aux entreprises pour qu'elles investissent et créent des emplois.

Depuis deux ans, la mission difficile assignée à Francis Mer était de concilier une politique de baisse des impôts promise par Jacques Chirac et une nécessaire réduction des déficits, sous l'œil vigilant de la Commission de Bruxelles. Il n'a pu résoudre ce dilemme qu'en prenant ses distances avec le Pacte de stabilité. Nicolas Sarkozy prend les commandes dans un contexte tout aussi difficile, sinon pire. Il va rapidement se trouver confronté à la préparation du budget 2005 avec une même interrogation : le gouvernement peut-il continuer à baisser les impôts alors que les caisses de l'Etat sont vides ?

Rendre la politique économique populaire

Rival de Jacques Chirac, le nouveau locataire de Bercy partage toutefois ses grandes options économiques, à commencer par la nécessité de baisser la pression fiscale (record de 43,9 % du PIB en 2003). Toutefois, rompant avec les pratiques de Francis Mer, il mettra en œuvre ces baisses, en concertation avec les partenaires européens de la France. Ses talents de fin négociateur devraient lui être d'un grand secours.

Aidé de son ministre délégué à l'Industrie, Patrick Devedjian, jusque là ministre délégué aux Libertés locales, ou Dominique Bussereau, un proche de Raffarin, secrétaire d'Etat au Budget, Nicolas Sarkozy devrait mettre en musique ses décisions avec pragmatisme et avec un même leitmotiv : l'action. Même s'il est moins facile de donner à sa politique de la visibilité et de la popularité à Bercy qu'à l'Intérieur, son entourage indique qu'il ne devrait pas manquer d'idées novatrices dans ses habits d'argentier. Il poursuivra ses déplacements pour expliquer à l'opinion ses choix en matière de croissance et d'emploi. Comme Francis Mer, il continuera à faire de Bercy le laboratoire de la réforme de l'Etat (non-remplacement d'un agent sur deux partant en retraite, mise en oeuvre de la rémunération au mérite). S'il sait que redresser l'économie française est une tâche ardue qui peut lui coûter en popularité, Nicolas Sarkozy est toujours volontaire pour se porter aux avants-postes. Question de tempérament.

Par Renaud Pila le 01 avril 2004 à 07:00
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