L'affaire Larbi aux assises

Par , le 03 mai 2004 à 07h05 , mis à jour le 30 juin 2004 à 20h17

Alain Diaz est jugé à partir d'aujourd'hui par la cour d’assises de Gironde pour le meurtre du petit Larbi, commis en décembre 2001. Le drame avait suscité une vive émotion dans la cité des Aubiers, à Bordeaux, et engendré la polémique en raison du passé judiciaire de l'accusé.

larbi enfant disparu 10/12 © INTERNE

LES FAITS
Le 4 décembre 2001, Larbi Fanousse disparaît. Agé de 10 ans et demi, il vit dans le quartier HLM des Aubiers, à la périphérie de Bordeaux. Après être rentré chez lui à midi, il fait l’école buissonnière. Il est aperçu par ses copains de la cité puis passe chez une voisine pour vendre des billets de tombola. En fin d’après-midi, son père, inquiet de ne pas le voir revenir, signale sa disparition.

Après une longue enquête de proximité qui ne donne rien, son corps est finalement retrouvé le 19 décembre sur un terrain vague, à 500 mètres de son domicile. Les expertises s’avèrent très difficiles. Elles montreront finalement que le garçon est mort par asphyxie et qu’il a reçu des coups. Elles ne peuvent en revanche déterminer la date exacte de sa mort et s’il a été victime de sévices sexuels.

L’EMOTION
La disparition de Larbi plonge la cité des Aubiers dans un profond désarroi. Un vaste élan de solidarité s’organise autour de la famille Fanousse, très appréciée. Les habitants participent aux recherches et créent le "Collectif pour Larbi".

Le 22 décembre, une marche silencieuse à sa mémoire rassemble environ 2 000 personnes. Le 12 janvier, après que le corps a été restitué aux parents, un nouvel hommage est organisé dans la cité puis à la mosquée de Bordeaux. Le 18 avril, les voisins sont encore là pour escorter le corps à l’aéroport avant son rapatriement au Maroc. Un match de football permettra ensuite de récolter des fonds.

L’ARRESTATION D'ALAIN DIAZ


Alain Diaz-
Elle survient le 3 janvier 2002. Alors âgé de 40 ans, il habite dans un autre immeuble de la cité des Aubiers. Après un travail de fourmi et de nombreuses auditions, les enquêteurs sont remontés jusqu’à lui en analysant notamment les traces d’ADN retrouvées près du corps. La première perquisition est fructueuse : dans l’appartement du suspect, on retrouve les habits que portait Larbi le jour de sa disparition et des billets de tombola qu’il vendait.

Le 5 janvier, Alain Diaz, qui a participé à la marche du 22 décembre, est mis en examen pour "enlèvement, séquestration et homicide volontaire sur mineur de moins de quinze ans" puis écroué à Angoulême. Il sera également poursuivi pour "agression sexuelle" plusieurs mois après. Sa compagne, interpellée en même temps que lui, est rapidement mise hors de cause.

PLUSIEURS VERSIONS
Alain Diaz admet rapidement que Larbi est mort chez lui. Mais il donne des explications peu crédibles, parlant d’un évanouissement puis d’un accident. Il reconnaît également qu’il a éjaculé près du cadavre.

Mi-février, après une audition dans son appartement, il avoue le meurtre -commis avec un oreiller-, expliquant que le garçon l’aurait supplié des yeux de le "faire partir". Il ne se serait débarrassé du corps que quelques jours après. Depuis, Alain Diaz est revenu sur ses aveux.

LES POLEMIQUES
La thèse de la fugue
Pendant plusieurs jours, la police la privilégie, ce que réfute la famille. Cette dernière demande notamment que "la totalité des appartements de la cité soit fouillée". Sa rancœur en sera d’autant plus importante lors de l’arrestation d’Alain Diaz.

Alain Diaz, récidiviste
Il possède un passé judiciaire chargé. Dans les années 90, il avait tout d’abord été jugé irresponsable pour avoir tenté d’étrangler sa petite amie. En 1997, il avait été condamné à dix-huit mois de prison, dont six fermes, pour une agression sexuelle commise sur le fils de sa compagne. L’information ne figurait pas dans les fichiers.

Inquiète de ses tendances pédophiles et de ses problèmes psychologiques, la justice lui avait retiré la garde de sa fille en 1999, dès la naissance. Malgré tout, il s’était établi sans aucun problème dans la cité des Aubiers où vivent de nombreux mineurs.

Un suivi médical et judiciaire laissant à désirer
La justice ne le suivait plus médicalement depuis novembre 2000. Le 23 novembre 2001, Alain Diaz se présente même à l’hôpital psychiatrique de Cadillac après une dispute avec sa compagne. "Vous laissez partir une bombe à retardement" lâche cette dernière après que le personnel a estimé que son état ne justifie pas une hospitalisation. Le 6 décembre, deux jours après la disparition de Larbi, Alain Diaz est cette fois interné, toujours à sa demande. Il reste dans l’établissement jusqu’au 11 décembre. Personne ne fait le lien entre les deux événements.

Mauvaise communication ?
Le 24 décembre, un psychiatre de l’hôpital Cadillac fait le rapprochement entre Alain Diaz et Larbi. Son courrier, adressé nominalement au procureur de Bordeaux, part le 26 décembre. Il ne sera lu que le 3 janvier, le jour même de l'arrestation du suspect. Un malentendu sur les dates entraînera la colère de la famille. L’enquête diligentée par Marylise Lebranchu, la garde des Sceaux, ne relèvera aucun dysfonctionnement.

LE PROCES
Il se tient jusqu’au vendredi 7 mai devant la cour d’assises de Gironde à Bordeaux. Alain Diaz risque la prison à perpétuité.

Par Fabrice Aubert le 03 mai 2004 à 07:05
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