"Le Convoyeur" : une vision "dégradante" du métier

Par , le 15 avril 2004 à 07h00 , mis à jour le 15 avril 2004 à 09h16

Jacques Charles, responsable CFDT des convoyeurs de la Brink’s, a vu le film de Nicolas Boukhrief sorti mercredi. Il se dit «choqué» de l’image donnée du métier, qu’il a lui-même exercé pendant trente ans.

convoyeur image du film (Mars distribution) © INTERNE

tf1.fr : "Le Convoyeur" est sorti mercredi sur les écrans. Quelles sont vos impressions ?

Le film m’a choqué. Il donne une image de la profession à la fois dégradante et fausse. On voit un convoyeur en train de fumer des joints. Il se sert même de son arme pour pomper la fumée ! Il boit, il se drogue, prend du Lexomil. Au stand de tir, les convoyeurs roulent des mécaniques, tirant sur une cible qui n’est autre qu’une femme à moitié nue ! Les scènes sont tournées dans le 93, ce n’est pas innocent. On a l’impression que les convoyeurs sont racistes. Mais heureusement que l’on ne parle pas comme les convoyeurs dans le film et que l’on ne sort pas nos armes n’importe quand, sinon c’est nous qui serions derrière les barreaux. En trente ans de carrière, je n’ai pas tiré un seul coup de feu, hormis sur des cibles en carton.

tf1.fr : Mais dans le film, ces dérives sont dues au climat difficile qui règne dans une entreprise en pleine crise...

Dans la réalité il existe de nombreuses entreprises de sécurité, petites ou moyennes, qui sont proches du dépôt de bilan et qui ne respectent pas les décrêts ou les lois. Mais les convoyeurs, eux, n’y sont pour rien. Ils sont payés au minimum conventionnel et ça s’arrête là.

tf1.fr : Les scènes d’attaques de fourgon sont toutefois tournées de manière très réalistes...

Etant donné l’actualité de ces dernières années, il n’y avait pas besoin de se gratter la tête bien longtemps pour faire des scénarios. Les scènes sont plutôt réalistes, notamment au début, dans la forêt. C’est vrai que les camions ne sont pas surblindés, c’est vrai aussi que l’on se fait attaquer au lance-roquettes ou au pain de plastique. 

tf1.fr : Un des objectifs du film était de montrer la dureté de ce métier. Est-ce réussi de ce point de vue ?

Etre convoyeur est un métier difficile. En trente ans de carrière, j’ai vu plusieurs de mes collègues se faire tuer ou se suicider. Mais il n’y a pas pour autant de paranoïa, comme le sous-entend le film. On ne part pas tous les matins au travail avec l’angoisse au ventre. En 2000, on a fait découvrir notre métier au public. On a voulu redorer notre image, montrer que nous n'étions pas que des gros bras et des machos. On voulait une reconnaissance de notre métier et de ses risques. L’opinion publique était avec nous. Et les autorités nous ont accordé une augmentation de salaire, des primes de risques, de nouvelles mesures de sécurité... C’est d’ailleurs le même combat que mènent aujourd’hui les pompiers. Or, dans ce film tout est invraisemblable.Ce n’est même pas une fiction, c’est tout simplement méchant. Les critiques ont beau dire qu’il y a quelques scènes d’humour, personnellement je n’ai pas ri et je crains que le public ne le prenne au premier degré et que toute la campagne que nous avons menée en 2000 ne tombe à l’eau.

(Photo : Albert Dupontel et Jean Dujardin dans le film "Les Convoyeurs" © Mars Distribution)

Propos recueillis par

Par Alexandra Guillet le 15 avril 2004 à 07:00
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