La fin des "gueules noires"

Par AG avec afp, le 23 avril 2004 à 08h22 , mis à jour le 23 avril 2004 à 22h08

La dernière mine de charbon de France, située à Creutzwald en Moselle, a cessé définitivement de fonctionner vendredi soir. Cette fermeture a mis fin à une épopée humaine de trois siècles.

mine mineurs charbon moselle © INTERNE

Le 23 avril 2004 est une date à marquer d'un bloc de houille noire. C’est ce vendredi que le dernier bloc de charbon français a été symboliquement extrait du puits de La Houve, à Creutzwald (Moselle), tournant ainsi la dernière page d'une épopée humaine, industrielle et sociale commencée il y a près de trois siècles. "Ça leur serre les tripes. C'est un arrachement pour les mineurs et on se doit de les accompagner dans ce travail de deuil", a déclaré Alain Rollet, directeur technique national des Charbonnages de France (CdF). Bien que socialement préparé depuis vingt ans, avec notamment l'arrêt des embauches, en 1984, et la signature dix ans plus tard du Pacte charbonnier garantissant à chaque mineur de poursuivre sa carrière jusqu'à une mesure d'âge, l'arrêt de l'exploitation minière est vécu douloureusement par tous ses acteurs.

Trois journées d’hommage

L'hommage a débuté vendredi à 19 heures par une visite officielle en présence du  ministre délégué à l'Industrie Patrick Devedjian ainsi que de nombreux élus. Spectacles, expositions, films, démonstrations de matériel roulant, spécialité de la Houve, seront proposés tout au long du week-end. Dimanche matin, une messe sera célébrée par l'évêque de  Metz, Mgr Raffin, en hommage à la mine et aux mineurs. Le site restera ouvert toute la semaine afin de permettre aux visiteurs qui le souhaitent de voir, pour la dernière fois, une mine en activité. Il fermera ensuite définitivement ses portes après avoir traité quelque 30 millions de tonnes de charbon au total.

Trois siècles d’histoire

C'est en 1720 que commence réellement l'aventure industrielle avec la  découverte à Fresnes-sur-Escaut (Nord) d'une première veine dans ce qui sera plus tard le bassin du Nord et du Pas-de-Calais. Suivront au cours du XIXe siècle, les créations des grands bassins miniers  français dans la Loire, le Midi, dans une moindre mesure, et enfin en Lorraine, avec pour toutes ces régions d'importants bouleversements de leurs paysages et  de leur démographie. Près de 200.000 mineurs travaillent au début du XXe siècle à l'extraction du charbon pour une production totale de 41 millions de tonnes (Mt) par an, précise  CdF.

Les deux guerres mondiales et la crise économique de 1929 affecteront durement la production charbonnière qui, en 1944, atteindra 27 Mt. C'est dans ce contexte difficile que surviendront, en 1946, deux décisions qui présideront au redémarrage de l'activité : la nationalisation et la création du statut du mineur concernant la protection sociale et les avantages en nature (logement notamment). L'Etat fixera des objectifs de production ambitieux avec 69 Mt en 1952, 71  Mt en 1955. Les effectifs augmenteront eux aussi jusqu'à atteindre des niveaux  record, tutoyant la barre des 300.000 salariés durant les années 50.

Mais déjà l'on parle de récession et la décennie qui suivra sera celle d'un  déclin continu et irréversible. Confrontée à l'intangible réalité économique, la France a fait le choix de réorienter sa politique énergétique vers les autres ressources que sont le gaz, le pétrole puis le nucléaire. A Charbonnages de France, priorité est désormais donnée à  l'industrialisation et à la remise en état et en sécurité des anciens sites d'exploitation. Cela devrait durer jusqu'à la fin 2007.

Photo d'ouverture : des mineurs de Creutzwald remontant à la surface (LCI)

 

Par AG avec afp le 23 avril 2004 à 08:22
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

      logAudience