Les Molières malgré les intermittents

Par AFP, le 20 avril 2004 à 07h30 , mis à jour le 20 avril 2004 à 07h47

Les 18e Molières ont été proclamés avec les moyens du bord, lundi soir, sous la pression des 1900 invités qui ont refusé de quitter le Théâtre des Champs-Elysées, malgré une grève des personnels techniques.

Molières 2004 Drucker et Piat théâtre cérémonie (LCI) © LCI

La 18e cérémonie des Molières a été perturbée lundi soir par une grève des personnels techniques du Théâtre des Champs-Elysées (TCE), invités à ce mouvement par une trentaine de membres de la coordination des intermittents d'Ile-de-France et des membres de la CGT Spectacle. Selon la direction du TCE et l'Association professionnelle artistique du théâtre qui organise les Molières, la cérémonie devait se dérouler normalement et aucun arrêt de travail n'avait été déposé.

Le ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, a tenté une médiation à huis-clos. En vain. Après plus de 40 minutes de discussion, rideau baissé, les 21 techniciens ont voté à bulletins secrets la grève à 12 pour, 7 contre et 2 bulletins blancs. Un représentant des techniciens s'est alors présenté sur la scène, face au public, avec l'intention d'annoncer la grève surprise.

"Longue vie au théâtre"

Il a été accueilli par les huées de la salles. Dans une cacophonie indescriptible, le comédien Philippe Khorsand est monté sur la scène à leur rencontre: "Vous ne comprenez rien, vous êtes nuls ! Ce que vous faites ce soir est un scandale", leur a-t-il dit dans une grande colère. Alors que les invités refusaient de quitter la salle, Gérard Maro, directeur de l'Œuvre et l'un des organisateurs de la soirée, a proposé la lecture du palmarès, "en réponse à ceux qui ont empêché la cérémonie".

Dans une ambiance plus conviviale, Jean Piat et Michel Drucker ont officié, en présence du ministre de la Culture resté dans la salle. "Cette soirée me rappelle le festival de Cannes en 1968 !", a lancé Michel Drucker, déclenchant l'hilarité. Très vite, le système de sonorisation a été coupé en coulisses et n'a plus été rétabli. "C'était la moindre des choses que ce palmarès qui récompensent des comédiens de grand talent, soit connu", a déclaré Michel Drucker.

Pour Jean Piat, "les intermittents sont mal écoutés et ne peuvent se contenter de mots. Ce soir, entre la fête et les gens qui sont à la rue, il y a eu incompatibilité et je le regrette". En allant chercher son Molière, Zabou Breitman, sacrée meilleur metteur en scène, a souhaité "longue vie au théâtre". "Mais il va falloir y travailler", a prévenu la comédienne sous les applaudissements.

Un conte de Topor grand vainqueur

Le conte acidulé de Roland Topor "L'hiver sous la table" (Théâtre de l'Atelier) est le grand triomphateur avec six trophées, suivi par "Comme en 14!" de Dany Laurent avec trois récompenses. Isabelle Carré et Dominique Pinon ont reçu les Molières de la meilleure comédienne et du meilleur comédien pour leur rôle dans "L'hiver sous la table". Cette production a par ailleurs obtenu les Molières du meilleur spectacle du théâtre privé, du meilleur décorateur (Jacques Gabel), du meilleur créateur de lumière (André Diot) et de la meilleure mise en scène (Zabou Breitman). "Comme en 14 !", pièce sur les infirmières pendant la guerre de 14-18, signée par Dany Laurent, a reçu le Molière du meilleur spectacle du théâtre public, le Molière du meilleur spectacle de création française et le Molière de la révélation théâtrale féminine pour Marie Vincent. Créée au Théâtre 13, la pièce a été reprise à la Pépinière opéra et le Théâtre Montparnasse l'affiche à nouveau fin avril.

(Image LCI : Jean Piat, Michel Drucker)

Par AFP le 20 avril 2004 à 07:30
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