© INTERNELe ministère de l'Education nationale a remis aux syndicats son projet de circulaire de la loi sur la laïcité. Soumis à concertation, il pourra être amendé jusqu'à sa présentation devant le Conseil supérieur de l'éducation le 6 mai prochain. Un point sur lequel le ministre de l'Education François Fillon a de nouveau insisté jeudi, en raison des réticences des syndicats. "J'ai mis sur la table un texte, qui est un texte de travail qui a sûrement tous les défauts de la terre, mais qui est destiné à faire réagir les uns et les autres", a justifié le ministre. "Donc on va prendre le temps de la concertation pour rédiger ce texte de manière à ce qu'il soit efficace pour tout le monde". Le numéro deux du PS Laurent Fabius, pour sa part, a déjà réclamé une nouvelle rédaction et "de la clarté" pour cette circulaire.
Comme prévu, le document explicite les interdictions : "sont interdits signes et tenues qui manifestent ostensiblement une appartenance religieuse et dont le port conduit à se faire immédiatement reconnaître". Ce sont notamment "le voile islamique, quel que soit le nom qu'on lui donne, la kippa ou une croix de dimension manifestement excessive".
Le texte ne remet pas en cause le port de "signes discrets en particulier en raison de leur dimension" ni "les tenues traditionnelles". Il n'interdit pas non plus "accessoires et tenues qui, même s'ils peuvent être portés dans certains cas pour des motifs d'ordre religieux, sont aussi portés communément en dehors de toute signification religieuse".
Coquetterie ou "signe religieux" ?
Ce dernier point pourrait poser problème : quelle sera en effet l'attitude à adopter envers le port du bandana, utilisé par certaines élèves musulmanes comme alternative au voile ? Si une jeune fille affirme qu'elle le porte comme "signe religieux", la direction de l'établissement pourra l'obliger à l'enlever. En revanche, si elle explique qu'elle le porte par simple coquetterie, elle sera autorisée à le garder. Reste donc à savoir comment un principal de collège ou un proviseur de collège interprèteront les déclarations de leurs élèves.
La question pourra d'ailleurs être réglée de manière radicale : la loi offre de fait la possibilité aux établissements d'interdire purement et simplement tout couvre-chef dans les salles de classes. Pour résoudre un même problème, des solutions totalement opposées pourraient donc être adoptées d'un établissement à l'autre.
Les chefs d'établissements contre
Ces ambiguïtés ont amené le syndicat des personnels de direction de l'éducation nationale à dénoncer la circulaire. Dans un entretien au Monde, Philippe Guittet, son secrétaire général, estime qu'elle "donne tous les moyens pour contourner la loi" et explique que son organisation, "en l'état actuel", ne le votera pas devant le Conseil supérieur de l'éducation. Les critiques sont quasiment identiques à la FSU et à l'Unsa-éducation.
(photo d'archives : une collègienne portant le bandana)
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