© INTERNEMême si le jury s'en défend, cela ressemble fortement à une Palme d'or politique. Présidé par le réalisateur américain Quentin Tarantino, il a en effet décidé de remettre la récompense suprême de ce Festival de Cannes 2004 au documentaire de Michael Moore, Fahrenheit 9/11. Si c'est la première fois qu'un documentaire repart avec la Palme -en 1956, elle n'existait pas pour "Le monde du silence" du commandant Cousteau-, c'est aussi la politique du président américain George Bush qui est visée à travers ce prix. Michael Moore n'a jamais caché ses sentiments envers le locataire de la Maison-Blanche et son film est un véritable brûlot contre Bush et sa politique. Avec les attentats du 11 septembre 2001 pour point de départ, le réalisateur y dénonce notamment les relations de la famille Bush avec les Ben Laden ou l'Arabie saoudite, il y explique comment George Bush a volé sa victoire il y a quatre ans, il y montre les manipulations avant l'offensive en Irak. Bref de quoi fâcher les Américains avec leur président.
Une longue ovation a suivi l'annonce de la Palme, tout le Palais des Festivals était acquis à la cause de Michael Moore. Ce dernier s'est dit "écrasé" par l'émotion, a exprimé l'espoir que cette récompense permette à son film de sortir aux Etats-Unis, pour que "le peuple américain puisse le voir" et pour "faire sortir la vérité". Car, a-t-il ajouté en citant Abraham Lincoln, "un Républicain d'une autre trempe", "si on dit la vérité au peuple, la République sera sauve". Il a souhaité dédier son film notamment au peuple irakien "et à tous ceux qui souffrent à cause de nous, les Etats-Unis", en soulignant que des millions de ses compatriotes partageaient ses idées.
"Je veux remercier George Bush"
"Tout à l'heure, sur scène (au moment de la remise de la Palme), j'ai oublié de remercier toute mon équipe d'acteurs. Alors si je peux le faire maintenant, je veux remercier George Bush, (le vice-président) Dick Cheney, (le secrétaire-adjoint à la Défense) Paul Wolfowitz, (et le secrétaire à la Défense) Donald Rumsfeld", a ironisé Michael Moore lors d'une conférence de presse après le palmarès. Il a jugé "particulièrement réussie la scène d'amour entre Donald Rumsfeld et Dick Cheney". "J'en ai les larmes aux yeux", a-t-il ajouté. Et d'"espérer que personne n'annonce qu'il a remporté la Palme (au président Bush) pendant que celui-ci mange un bretzel". Une allusion à l'incident au cours duquel George W. Bush s'était étranglé en mangeant un de ces biscuits salés, en janvier 2002.
Le président américain ne s'est pas étouffé mais a chuté au cours d'une promenade à bicyclette dans son ranch de Crawford (Texas). Bilan : quelques blessures bénignes au visage, à la main droite et aux genoux. On ne sait pas si cette chute est liée à l'annonce du palmarès cannois. Un palmarès qui a suscité un commentaire laconique de la Maison Blanche : "C'est un pays libre. C'est pour cela que l'Amérique est un grand pays : chacun à le droit de dire ce qu'il veut".
Jaoui et Bacri primés
Le palmarès fait également la part belle au cinéma français puisque les trois films que notre pays présentait en compétition sont repartis avec un prix. Le Prix du scénario est allé au couple Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri pour Comme une image réalisé par Agnès Jaoui. Tony Gatlif a reçu le Prix de la mise en scène pour son quatorzième long métrage, Exils. Enfin l'actrice de Hong Kong Maggie Cheung est récompensée du prix d'interprétation pour son rôle dans Clean du réalisateur français Olivier Assayas. Si Maggie Cheung était favorite, la surprise est venu du Prix d'interprétation masculine attribué au jeune japonais Yagira Yuya, 14 ans, pour son rôle dans Nobody Knows de Kore-eda Hirokazu.
Comme on pouvait s'y attendre Old Boy du Coréen Park Chan-wook, adaptation d'un manga japonais très stylisé, dans la veine de ce que Quentin Tarantino apprécie, figure au palmarès avec le Grand Prix. La bizarrerie vient du Prix du jury ex-aequo qui a été attribué au film thaïlandais Tropical Malady de Apichatpong Weerasethakul mais surtout à l'actrice, et c'est une première, Irma P. Hall que l'on voit dans Ladykillers des frères Coen.
- Le palmarès complet
Palme d'or : Fahrenheit 9/11 Michael Moore
Grand Prix : Old Boy de Park Can-wook (Corée)
Prix d'interprétation féminine : l'actrice de Hong Kong Maggie Cheung pour Clean d'Olivier Assayas
Prix d'interprétation masculine : l'acteur japonais Yagira Yuya (14 ans) pour Nobody Knows de Kore-eda Hirokazu
Prix de la Mise en scène : Tony Gatlif pour Exils (France)
Prix du Scénario : Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri pour Comme une image (France)
Prix du Jury : à l'actrice Irma P. Hall dans Ladykillers de Joel et Ethan Coen (Etats-Unis) et au film Tropical Malady de Apichatpong Weerasethakul (Thaïlande)
Caméra d'or (premier film) : "Or" (Mon trésor) de Keren Yedaya (Israël/France) présenté à la Semaine internationale de la Critique
Compétition des courts métrages :
Palme d'Or du court métrage : "Trafic" du Roumain Catalin Mitulescu
Prix du Jury : "Flatlife", un dessin animé du Belge Jonas Geirnaert
Les autres prix décernés à Cannes
- Section Un Certain regard
- Le prix Un Certain regard : "Moolaadé" du Sénégalais Sembene Ousmane
- Le Prix du regard original : "Wisky", film uruguayen de Juan-Pablo Revella et Pablo Stoll
- Le Prix du regard vers l'avenir : "Terres et cendres" de l'Afghan Atiq Rahim
- Le Prix du jury oecuménique : "Carnets de voyage" (Diarios de motocicleta) du réalisateur brésilien Walter Salles
- Le prix FIPRESCI de la presse cinématographique internationale : "Farenheit 9/11" de Michael Moore
- Prix de la Jeunesse " : Kontroll"
photo : Michael Moore recevant la Palme d'Or (LCI)
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