© INTERNEGuillaume Mercader est originaire de Bayeux. Avant la guerre, il était cycliste professionnel. A cette époque, jamais il n’aurait pu imaginer à quel point il allait pédaler pour la France ! "J’ai été démobilisé en septembre 1940 et c’est en février 1941, à la suite d’un rendez-vous chez un notaire, que je suis entré dans la résistance, se souvient-il. J’avais signé dans son étude, en 1939, mon premier acte d’achat d’un commerce de cycles et d’articles de sport. Au cours d’un entretien, il m’a proposé de l’aider à monter un réseau. Ensemble, nous avons divisé l’arrondissement de Bayeux en deux. Et en particulier tout le secteur côtier qui partait de Courseulles, jusqu’à Port-en-Bessin et Grandcamp ". Une bande côtière longue de 67 kilomètres qui, au final, sera celle choisie pour le débarquement du 6 juin.
Un réseau très compartimenté
Le réseau devient opérationnel à l'automne 1942, avec 87 agents. "Il y avait notamment 11 femmes, 10 agriculteurs, 6 étudiants, 3 secrétaires de mairie, 3 gendarmes et 3 cheminots, énumère-t-il sans la moindre hésitation, comme si les événements remontaient à la veille. Les cheminots étaient très importants car ils nous donnaient des informations sur les trafics dans les dépôts allemands de St-Lô, Isigny et Bayeux. Les secrétaires de mairie et les gendarmes nous permettaient d’obtenir les cartes d’identité et les cartes d’alimentation avec des cachets officiels. Elles étaient indispensables pour les résistants en difficulté. Les agriculteurs aussi étaient très utiles car ils n’ont pas été expropriés de leurs propriétés. Ils pouvaient avoir accès aux forces d’occupation, aux fortifications de la côte, aux dépôts de munitions, de carburant, de matériels et aux cantonnements des troupes, explique Guillaume Mercader.
A bicyclette…"Pour récolter les informations, je circulais à vélo. C'était facile pour moi. Des agents de liaison me donnaient des papiers que je glissais dans des enveloppes que je plaquais sous mon pull-over de cycliste. Au niveau de l’arrondissement de Bayeux, le repère principal de la résistance était situé au 1 de la rue St-Malo. Là, avec le notaire, nous reprenions les croquis faits par les agriculteurs, pour les replacer sur un plan à la bonne échelle pour le chef d’état-major. Ensuite, à peu près toutes les semaines et toujours à vélo, j’allais déposer à Caen, au 259 rue Saint George, une enveloppe contenant les plans et des renseignements. C’était le responsable départemental, Eugène Melun, ingénieur des ponts et chaussées, qui passait ensuite les récupérer. Du temps de la guerre, jamais nous ne nous sommes croisés, par mesure de sécurité".
A plusieurs reprises, lors de ses expéditions le long de la côte, le torse bombé par les enveloppes qu’il dissimulait, Guillaume Mercader a bien cru qu’il allait se faire prendre par les Allemands. "J’ai très souvent été arrêté près de la pointe du Hoc, un endroit très surveillé et assez éloigné de ma résidence. Il fallait donner des raisons. Alors, je montrais ma licence de cycliste professionnel et je disais que j’étais à l’entraînement, alors que je ne courais plus que pour la résistance ! J’ai eu de la chance, ils m’ont toujours laissé passer".
" Les dés sont sur le tapis "
C’est à la radio que Guillaume Mercader apprendra le débarquement.. prévu pour le lendemain. "Il y a eu deux messages différents, répétés chacun deux fois. ‘Suez est une place chaude’ et ‘les dés sont sur le tapis’. J’ai été très surpris et ému d’apprendre que les Alliés allaient débarquer dans notre secteur. Ausitôt, j’ai couru au magasin pour prévenir ma femme, puis mes plus proches voisins et les responsables du réseau, bien sûr ". Le 6 juin, à 14 heures, plus un Allemand n’était à Bayeux. Tous s'étaient retranchés derrières leurs lignes à 7-8 kilomètres de la ville. "Dans l’après-midi, le responsable de la 55è division de la première armée anglaise a pris contact avec moi. Il m’a demandé d’organiser avec certains membres du réseau des groupes de deux pour s’infiltrer derrière ces lignes et obtenir des renseignements. Ce travail a été fait jusqu’au 17 juin au soir".
Dans le même temps, le 14 juin 1944, Guillaume Mercader, alors âgé de 30 ans, a été chargé d’organiser la venue du général de Gaulle dans sa ville. "On a eu quatre heures pour monter une estrade et rassembler les habitants. C’est le lieutenant Maurice Schumann qui l’a présenté à la population. Alors, nous avons réentendu la Marseillaise…". Guillaume Mercader fête ses 90 ans cette année. Certes, il est descendu de vélo depuis quelque temps, mais il continue de fouler à pied, les rues de Bayeux, qu’il n’a jamais quitté. Ses souvenirs et son émotion sont restés intacts.
Photo : Guillaume Mercader (DR)
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