Le ras-le-bol du labo anti-dopage

Par Philippe MATHON, le 28 juin 2004 à 19h45 , mis à jour le 29 juin 2004 à 07h13

A quelques jours du départ du Tour de France, les personnels du laboratoire national de dépistage du dopage lancent un préavis de grève et dénoncent le "blocage" des négociations avec le ministère de la Jeunesse et des Sports.

dopage laboratoire tour de france afp © INTERNE

Présenté comme un modèle du genre dans le monde entier, le laboratoire national de dépistage du dopage (LNDD), basé à Chatenay-Malabry (Hauts-de-Seine) a-t-il les moyens de ses ambitions ? Pour la première fois de son histoire, trois syndicats du personnel de l'établissement public ont déposé un préavis de grève reconductible à compter du samedi 3 juillet. La date n'est pas innocente : elle coïncide très exactement avec le jour du départ du Tour de France cycliste, client chaque année du LNDD. Un moyen de pression très opportun pour des personnels "déboussolés", selon l'un d'eux.

Les motifs de la grogne ? Ils sont multiples. Des statuts précaires, une grille indiciaire "très en deçà" de celle pratiquée dans d'autres établissements comme le CEA ou le CNRS, des astreintes le week-end non indexées au salaire et plafonnées, une charge de travail rendant quasi-impossible la prise des RTT… La coupe est pleine. "Si on avait attendu la fin du Tour pour bouger, on était mort", glisse un membre du labo. La tournure que pourrait prendre le mouvement en cas de blocage des négociations n'a pas encore été décidée. "Arrêt de travail ou blocage des analyses, on ne sait pas trop encore. Mais une chose est sûre, on fera ce qu'il faut", assure un représentant CGT-FSU, deux syndicats unis pour l'occasion.

D'ici à quelques semaines, les contrats des onze cadres du laboratoire, tous en CDD de trois ans, arrivent à échéance. Un motif d'inquiétude pour les intéressés et une précarité dénoncée par les membres du labo. Parmis les cadres à l'avenir incertain, on compte rien de moins que la première scientifique mondiale à avoir détecter l'EPO dans le sang, l'EPO étant un produit dopant massivement utilisé dans le peloton depuis le début des années 90… "Ne pas renouveler les contrats de ces gens-là, c'est courir le risque de perdre tout leur savoir", s'emporte une membre du LNDD.

"Pas eu d'autres moyens pour faire avancer les choses"

La grogne au sein du laboratoire ne date pas d'hier. En 2001, celui-ci change de statut. Les titulaires de CDI se voient alors proposer des CDD avec la promesse d'une renégociation à l'issue du contrat. "Finalement, on n'a rien vu venir, explique un représentant CGT-FSU. A chaque réunion, à chaque conseil d'administration, nous avons essayé de remettre la question sur la table. On nous a toujours dit que ce n'était pas possible. Nous qui avions toujours refusé de nous syndiquer, on a dû se rendre à l'évidence : il n'y aura rien sans affrontement. Puiqu'il n'y a pas moyen de discuter, on a décidé d'aller au clash. Nous n'avions pas eu d'autres moyens pour faire avancer les choses".

Ce préavis de grève a immédiatement fait réagir le ministère de la Jeunesse et des Sports. "Dix minutes après notre communiqué, un conseiller du ministre nous a appelé pour nous proposer une rencontre mercredi", s'amuse encore un membre du labo. Mais du côté du cabinet du ministre Jean-François Lamour, on ne cache pas son agacement face à cet "ultimatum". "Pas question de négocier dans ce climat de menaces", a expliqué à tf1.fr Jean-Pierre Drevon, le conseiller chargé des personnels. L'homme parle toutefois d'un simple "problème de communication" et rappelle qu'il avait déjà rencontré une délégation du LNDD le 17 mai dernier. Interrogé sur les solutions que pourraient proposer le ministère lors de la réunion de mercredi, il assure qu'il "n'a jamais été question de ne pas renouveler les contrats à durée à déterminée" et que l'expiration desdits contrats "permettra de réévaluer les niveaux de rémunération". En revanche, pas question de transformer les CDD en CDI. "Dans la fonction publique, soit on passe des concours et on devient titulaire, soit on est recruté en qualité de contractuel", explique-t-on dans l'entourage du ministre. Où l'on se vante d'avoir obtenu, "dans un contexte budgétaire difficile", la création d'un poste supplémentaire... au LNDD.

Photo : un kit de contrôle anti-dopage sur le Tour de France (Photo AFP/Joël Saget).

Par Philippe MATHON le 28 juin 2004 à 19:45
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