Outreau : un verdict "incompréhensible"

Par AFP, le 02 juillet 2004 à 10h20 , mis à jour le 02 juillet 2004 à 12h19

Après le verdict du procès d'Outreau, les avocats de la défense dénoncent l'"illogisme des peines" et l'absence d'excuse de la justice pour les sept acquittés.

Roselyne Godard et Dupond-Moretti © INTERNE

Plusieurs avocats de la défense ont dénoncé "l'illogisme des peines" dans le verdict rendu par la Cour d’Assises du Pas-de-Calais dans le procès d’Outreau et ce, malgré les sept acquittements prononcés. Pour Me Blandine Lejeune, avocate du prêtre ouvrier Dominique Wiel condamné à sept de prison pour les viols de trois enfants : "C'est incompréhensible car la logique judiciaire n'est pas allée jusqu'au bout". Le jury est allé plus loin que l'avocat général qui avait requis quatre ans de prison à l'encontre de l'abbé. "On a condamné un homme sur la base de déclarations du couple Delay et des enfants, les mêmes déclarations qui ont été balayées en ce qui concerne les autres accusés", a déclaré Me Lejeune.

Me Jean-Marie Viala, l'avocat du chauffeur du taxi Pierre Martel, acquitté, cet illogisme est " stupéfiant". "On a du mal à lire le verdict pour certains accusés, notamment dans l'échelle des peines", a également constaté Me Franck Berton, avocat de la femme de l'huissier, acquittée. Les avocats citaient notamment en exemple les cas d'Aurélie Grenon, condamnée à quatre de prison pour les viols de quatre enfants, comparés au sept ans d'emprisonnement pour Dominique Wiel.

"Il y a un certain nombre de choses que l'on a du mal à comprendre", a pour sa part estimé Me Hubert Delarue, pour qui Myriam Delay "qui aurait pu envoyer en prison tant d'innocents pour des peines criminelles longues et lourdes a été presque récompensée" en écopant de 15 ans de réclusion, contre 20 pour son mari Thierry Delay. Dix-huit ans de réclusion avaient été requis pour le couple. L’avocat a également annoncé qu'il allait faire appel de la condamnation à 18 mois de prison avec sursis de son client, l'huissier Alain Marécaux, reconnu coupable d'agression sexuelle sur son fils.

"Un goût amer"

Faisant part de son "amertume", Me Eric Dupond-Moretti a regretté que "Myriam Delay et les enfants tiennent lieu de preuves alors que le dossier démontrait l'ineptie de ces accusations". Sa cliente, la boulangère ambulante Roselyne Godard (acquittée) est "en droit" de réclamer, comme les six autres acquittés, un "mot d'excuse" du garde des Sceaux Dominique Perben car "ni la cour d'assises, ni l'avocat général, ni le juge d'instruction n'ont dit à ces hommes et à ses femmes que l'on s'est trompé", a dit l'avocat. Pour Me Stéphane Dhonte, le verdict laisse "un goût amer, d'inachevé". Il réclame lui aussi des "excuses" de la justice pour David Brunet, son client acquitté.

Pour la partie civile, le discours est différent . "La justice a été rendue. Nous avons été entendus", a estimé de son côté Me Thierry Normand, avocat de neuf des enfants parties civiles au procès. "Je constate avec satisfaction que le jury populaire a compris la réalité de ce dossier et la souffrance des enfants", a affirmé l'avocat qui n'a pas souhaité commenter les condamnations.

Par AFP le 02 juillet 2004 à 10:20
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