Le parcours meurtrier du "forestier des Ardennes"

Par , le 02 juillet 2004 à 17h01 , mis à jour le 31 juillet 2004 à 15h03

S'il a avoué neuf meurtres, Michel Fourniret aurait pu commettre au total plus d'une dizaine de crimes. Il avait déjà été condamné plusieurs fois en France avant de débuter cette série macabre.

Fourniret Michel pédophile palais justice Belgique (LCI) © LCI

On le surnomme déjà "le forestier des Ardennes", voire le "Dutroux français". Si les soupçons portés contre lui se confirment, Michel Fourniret, aujourd'hui âgé de 62 ans, serait alors considéré comme l'un des principaux tueurs en série français. Selon ses premières auditions et le témoignage de sa troisième épouse, il agissait essentiellement pour assouvir son désir sexuel. Après avoir enlevé ses victimes, il les violait avant de les tuer.


Des crimes commis
à des lieux différents

Il a pour l'instant avoué sept meurtres commis sur ce modus operandi, en deux périodes distinctes. A la fin des années 80, ses victimes sont Isabelle Laville, 17 ans, en 1987, Fabienne Leroy, 20 ans, en 1988, Jeanne-Marie Desramault, 22 ans, et Elisabeth Brichet, 12 ans, en 1989 et Natacha Danais, 13 ans, en 1990. Dix ans plus tard, il assassine Cécile Saison, 18 ans, puis Mananya Thumpong, 13 ans, en 2001. Se déplaçant avec sa camionnette blanche, ce "routard du crime", aux allures banales de M. Tout Le Monde, a commis ses forfaits dans des endroits géographiques parfois très éloignés les uns des autres (Mourmelon, Namur, Nantes, Charleville-Mezières, Auxerre). D'où la difficulté pour les enquêteurs d'établir un lien entre les affaires, traitée chacune par des services différents.

Le magot d'Action Directe ?

Michel Fourniret aurait également agi pour des motifs financiers. Il a reconnu avoir abattu d'un coup de fusil un automobiliste sur une aire d'autoroute en Bourgogne. En 1990, il aurait ainsi tué l'épouse de Jean-Pierre Hellegouarch. Rencontré lors d'un séjour en prison, il se présentait comme un ancien membre d'Action directe. L'activiste d'extrême-gauche lui aurait demandé de gérer le "trésor de guerre" de l'organisation. Il aurait utilisé le magot pour acheter le château de Sautou, où il a avoué avoir enterré au moins deux de ses victimes.

Si ce parcours macabre a commencé au milieu des années 80, Michel Fourniret était alors loin d'être inconnu de la justice française. Dès 1966 à Nantes puis en 1973 à Verdun, il est condamné pour des faits de voyeurisme et de violence. En juin 1987, la cour d'assises de l'Essonne le reconnaît coupable de viols sur mineurs de moins de 15 ans, menaces, violences avec armes et attentats à la pudeur. Il écope alors de sept ans d'emprisonnement. Les faits s'étant produits entre 1982 et 1984, la peine est rapidement couverte par sa longue détention préventive. Quelques semaines après sa sortie de prison, il tue pour la première fois.

Surveillant d'école

Après s'être installé dans les Ardennes françaises à la fin des années 80, il traverse la frontière en 1991 pour vivre à Sart-Custinne avec sa troisième femme, Monique Olivier, et l'un de ses cinq enfants. Surnommé le "Français"", il entretient des relations tendues avec les autres habitants. Il se présente comme forestier, mais n'a en fait jamais exercé cette profession. Côté judiciaire, jamais les autorités belges ne seront averties du passé de Michel Fourniret. Début 2003, il est même embauché comme surveillant à la cantine scolaire de Gédinne, un village voisin.

Il sera finalement interpellé le 26 juin 2003. En début d'après-midi, il enlève Marie-Ascension, une adolescente de 14 ans, à Ciney. Comme souvent, il amadoue sa victime et arrive à la faire monter dans sa fourgonnette. Marie-Ascension arrive néanmoins à s'échapper et donne l'alerte. Michel Fourniret sera arrêté quelques minutes plus tard. La justice belge l'inculpera également dans un enlèvement remontant à 2000. Il sera aussi un temps interrogé dans l'enquête sur la disparition d'Estelle Mouzin à Guermantes. Mais ce n'est qu'après le verdict du procès Dutroux que sa femme, au courant de ses activités macabres, se décide enfin à parler.

(photo d'ouverture : Michel Fourniret au palais de Justice de Dinant)

Par Fabrice Aubert le 02 juillet 2004 à 17:01
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