Les nationalistes corses cherchent leur voie

Par M. D. avec AFP, le 09 août 2004 à 14h57 , mis à jour le 09 août 2004 à 15h37

Nationalistes et autonomistes corses, réunis le week-end dernier à Corte, ont appelé à l’union contre l’Etat et les élus locaux. Une manière aussi de lutter contre les tiraillements internes de la mouvance séparatiste.

talamoni gros plan © INTERNE

Dialogue avec l’Etat ou affrontement ? Les 23e Journées internationales de Corte se sont achevées dimanche en Haute-Corse sans que les formations indépendantistes parviennent à dégager une ligne de conduite claire.

Les leaders des principaux mouvements autonomistes et indépendantistes corses ont certes réitéré leur préférence pour une "solution négociée" avec l'Etat de la question corse. "Le gouvernement ne pourra pas se débarrasser du problème que lui pose la Corse par une voie répressive et militaire, seule l'ouverture d'un dialogue avec l'ensemble des forces représentatives de la Corse, comme cela a été le cas pour le processus de Matignon, permettra de sortir de l'ornière", a déclaré à la presse Jean-Guy Talamoni, président du groupe Unione naziunale à l'Assemblée de Corse.

"Devenir vos ennemis"

Dans un discours, l’avocat bastiais a toutefois contrebalancé son appel au dialogue par des menaces à l’attention des "ministres parisiens" : "Nous ne sommes pas vos subordonnés mais vos adversaires et nous sommes prêts à devenir vos ennemis si vous nous y contraignez par votre aveuglement. (...) Nous prenons notre peuple à témoin et déclinons par avance toute responsabilité dans la dégradation prévisible de la situation !"

Des propos musclés qui interviennent alors que l’Armée du Peuple Corse, un mouvement clandestin qui s'était manifesté pour la première fois le 29 juillet, a menacé dimanche de perpétrer de nouveaux attentats et demandé "à tous les fonctionnaires de passage" sur l'île de partir.

Union

"Il ne nous appartient pas de parler de ce qui concerne la clandestinité, nous sommes une organisation publique", a rétorqué Jean-Guy Talamoni quand on l'interrogeait sur la recrudescence de mouvements clandestins qui contestent cette approche politique en perpétrant des attentats — 106 depuis le début de l’année, précise Le Parisien. "Les élus de l’Union naziunale n’ont pas vocation à contrôler quoi que ce soit", a-t-il poursuivi.

Corsica nazione et Indipendenza ont toujours refusé de condamner la violence clandestine. Mais le principal mouvement clandestin, le FLNC-Union des Combattants (FLNC-UC), proche de leurs thèses, a donné sa bénédiction au processus de l'Unione naziunale en décrétant une trêve inconditionnelle de ses "actions militaires" le 14 novembre 2003, une condition préalable à l'union pour les mouvements modérés et autonomistes. Face aux risques de surenchère de la part des ultras, les nationalistes "publics" prônent donc l’union. Sous-entendu : contre l’Etat et les élus locaux.

Réactions

  • Dominique de Villepin, ministre de l’Intérieur : "Le gouvernement travaille dans un esprit d'ouverture, de dialogue, dans le cadre républicain. Ceci ne peut pas s'accommoder de menaces, de chantage, parce que ce n'est pas l'esprit de la République".
  • Camille de Rocca Serra (UMP), président de l'Assemblée de Corse : "Si le dialogue, c'est de trouver les moyens pour la mouvance nationaliste de pouvoir s'intégrer dans une démarche démocratique, à partir du moment où on aurait renoncé à la violence comme moyen d'action politique, à ce moment-là, tout est possible en Corse" (Europe 1).
  • Emile Zuccarelli (radical de gauche), député de Haute-Corse et maire de Bastia : "Les nationalistes n’ont plus de perspectives. Alors ils cherchent des boucs émissaires. Elus républicains ou hauts fonctionnaires" (Le Parisien).

photo : Jean-Guy Talamoni (archives)

Par M. D. avec AFP le 09 août 2004 à 14:57
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