AZF : trois ans après

Par Pauline POLGAR avec AFP, le 21 septembre 2004 à 07h00 , mis à jour le 21 septembre 2004 à 15h35

Bataille d'experts dans l'enquête, victimes toujours en attente d'indemnisations, trois ans après l'explosion de l'usine AZF, Toulouse peine à panser ses plaies.

toulouse azf 2002 © INTERNE

21 septembre 2001 : l'usine AZF de Toulouse explose. Le bilan est lourd avec trente morts et plusieurs milliers de blessés, sans compter les millions d'euros de dégâts. Mais surtout des séquelles non seulement physiques, mais aussi psychologiques pour de nombreux habitants de la Ville Rose, renforcés par la proximité avec l'attentat du 11 septembre aux Etats-Unis. Trois ans après, réunis en associations telle celle des Sinistrés du 21 septembre ou encore le Collectif "Plus jamais ça, ni ici, ni ailleurs" (PJCNina), les victimes de l'explosion laissent exploser leur colère face à des indemnisations qui tardent à arriver et à une enquête qui n'a pas encore révélé les causes de l'explosion.

Le préfet de Haute-Garonne, Jean Daubigny, a rappelé vendredi l'ampleur de la plus grande catastrophe industrielle de France : "près de 800 hospitalisations, 3.000 blessés recensés, 12 808 déclarations de dommages corporels au total, 28 000 logements atteints, 82 263 dossiers d'indemnisations matérielles". Selon les chiffres de Total, gestionnaire du site industriel, 95% des dossiers matériels ont été réglés pour 1,67 milliard d'euros d'indemnités et 65% des dossiers corporels sont bouclés. Ces chiffres hérissent un des porte-parole du collectif de victimes et sinistrés PJCNina, Marcel Leroux, pour lequel "des milliers se bagarrent encore au jour le jour, c'est inadmissible".

Les "oubliés" d'AZF

Pour les associations, il reste des "oubliés" d'AZF. Le président des "sinistrés du 21 septembre", Frédéric Arrou, déplore quant à lui que cela soit "surtout les personnes en difficulté sociale" qui voient leur dossier resté en suspens. Outre les dégâts matériels dont les stigmates restent visibles, comme des fenêtres toujours en carton ou des bâtiments scolaires en Algéco, les séquelles physiques, comme la surdité, ou psychologiques, soignées aux anti-dépresseurs, non visibles, sont les plus difficiles à surmonter. Le préfet Daubigny a assuré vendredi que l'Etat assumera "longtemps ses responsabilités de suivis psychologique, épidémiologique et d'indemnisations".

Côté réhabilitation du site, l'ancien maire de Toulouse, Philippe Douste-Blazy, a voulu relancer le dynamisme des quartiers les plus touchés en créant une zone franche urbaine dans le sud-ouest et en lançant la construction du "Cancéropôle" sur le site d'AZF. Des laboratoires de recherche et un hôpital anti-cancéreux réunis dans une lutte commune contre la maladie à partir de 2007. La question de la dépollution du site reste malgré tout en suspens pour l'instant, jusqu'à l'avis du comité départemental d'hygiène qui doit se réunir en octobre ou novembre prochain.

Les polémiques de l'enquête

Accident, attentat, quelles causes pour quelles responsabilités ? Les polémiques sur l'enquête ne cessent pas. L'instruction continue ses investigations, se résumant pour l'instant à une bataille d'expertises. Le Journal du Dimanche, dans son édition du 19 septembre, rapporte l'existence de deux rapports remis cet été au juge Perriquet en charge du dossier, selon lesquels la thèse de l'accident chimique est la seule explication plausible. Le premier rapport exclue totalement l'éventualité d'un attentat, tandis que le second privilégie l'hypothèse selon laquelle le mélange accidentel d'un produit chloré avec un nitrate d'ammonium dans un hangar, aurait provoqué l'explosion. Total, désigné comme responsable, s'oppose totalement à cette version des faits, de même qu'un comité de chimistes. Pour les associations de victimes, l'état déplorable de l'usine et ainsi la responsabilité du pétrolier ne font pourtant aucun doute.

Un collectif de chimistes s'oppose à la thèse du mélange explosif

Un comité d'universitaires et scientifiques toulousains vient de se constituer autour d'une pétition réclamant "la vérité sur AZF" et contestant la piste de l'accident chimique privilégiée par les experts judiciaires. "Les hypothèses officiellement avancées par les enquêteurs ne résistent ni aux lois de la chimie, ni aux reconstitutions qui devaient les valider", indiquent les premiers signataires, qui comptent demander dès lundi un entretien au président de la République Jacques Chirac et au garde des Sceaux Dominique Perben. Le comité se défend d'être affilié à Total, mais "la thèse de la soupe chimique qui aurait provoqué l'explosion suscite les moqueries de la communauté scientifique à Toulouse et Paris", a déclaré M. Chauzy, président du conseil économique et social régional, en présence de plusieurs des initiateurs du comité, dont le président de la Société française de chimie qui a renchéri : "aucun chimiste n'accepte cette thèse". Les initiateurs de la pétition revendiquent déjà 500 signatures.

(Photo : le site d'AZF en 2002, archives)

Par Pauline POLGAR avec AFP le 21 septembre 2004 à 07:00
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