Fabius, un "papillon" qui vole de ses propres ailes

Par Philippe MATHON, le 16 septembre 2004 à 13h41 , mis à jour le 16 septembre 2004 à 18h35

Mercredi soir, l'ancien Premier ministre était l'invité des francs-maçons du Grand orient de France. L'occasion de défendre sa position contre le projet de constitution européenne. Récit.

fabius louvre ps

Siège du Grand Orient de France (GODF), mercredi soir, peu après 20 heures. Plusieurs centaines de frères se massent dans le Temple Arthur Groussier, la plus grande salle de l'obédience. Au milieu d'un decorum solennel - colonnades dorées, immense buste de Marianne et fresque représentant la République surmontée du "Liberté - Egalité - Fraternité" -, le "profane" Fabius prend place. Près de lui, deux vieilles connaissances, Philippe Guglielmi et Patrick Kessel, anciens grands maîtres. Seul manque à l'appel Bernard Brandmeyer, l'actuel patron du Grand Orient, "retenu par une urgence en province".

Invité du GODF, Laurent Fabius, nouveau porte-drapeau du "non" au projet de Constitution européenne et approuvé par une majorité de Français si l'on en croit un sondage paru cette semaine dans Le Point, vient débattre de la question : "Comment peut-on réconcilier les deux France ?" Un galop d'essai de deux bonnes heures pour celui qui devrait sortir dans les semaines à venir un essai sur "cette France qui peut espérer et celle qui désespère".

Un "Non pro-européen"

Difficultés liées au monde du travail, protection sociale, école, logement, réforme de l'Etat, crise du civisme et montée du communautarisme : le discours, qualifié de "présidentiel" par un participant interrogé par tf1.fr, a balayé large. Sur le plateau d'orateur, Laurent Fabius s'est également lancé dans un vibrant plaidoyer en faveur de l'Europe tout en expliquant que son "non" était un "non pro-européen". "Ce Traité ne fait qu'avaliser la vision britannique d'une Europe qui ne serait qu'une vaste zone de libre-échange", a-t-il martelé. Plus anecdotiquement, il s'est amusé à déplorer le "retard" que pourrait prendre le projet du PS au moment où son patron, François Hollande, annonce une campagne active en faveur du "oui" au projet de Constitution européenne

Affichant une distance certaine et une ironie souvent allusive à l'égard de la classe politique, l'ancien Premier ministre n'a cité qu'un seul nom : celui de Jacques Chirac. Pour parvenir à ce satisfecit : "Je vous rappelle qu'en mai 2003, au Congrès de Dijon, j'avais lancé un appel contre le port du voile à l'école. Très réticent, le PS s'est peu à peu rallié à cette position, avant que Jacques Chirac ne décide d'en faire une loi". Sous-entendu : l'homme qui a dit "non" une fois pourrait obtenir à nouveau gain de cause politiquement. Sur la question européenne, cette fois. Sûr de lui, il finit même par lâcher : "Je ne me prends pas pour un papillon mais parfois, un battement d'aîle de papillon suffit pour provoquer des effets considérables"…

"Je ne vais pas vous faire un programme…"

Dans cet exercice convenu du question-réponse au milieu des frères, Laurent Fabius a minaudé à plusieurs reprises, mulpiliant les "Je ne vais pas vous faire un programme…" tout en répondant longuement et précisément à chaque intervention... Insistant sur les questions de laïcité, chères au GODF, il est revenu sur la question des otages français en Irak pour s'étonner que, "lors d'une crise majeure, le gouvernement délègue la résolution de cette crise à une communauté". Allusion au voyage en Irak de la délégation du Conseil français du culte musulman.

En fin de soirée, avant de dîner au restaurant du Grand Orient, L'oie et le grill, un représentant du Grand maître a clos les travaux en exprimant son intérêt pour la prestation fabiusienne. Les débats sur les références chrétiennes de la Constitution européenne ont rendu l'obédience chatouilleuse…

Par Philippe MATHON le 16 septembre 2004 à 13:41
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

      logAudience