Des ripoux dans l'armée française en Côte-d'Ivoire

Par Philippe MATHON, le 20 septembre 2004 à 19h22 , mis à jour le 21 septembre 2004 à 09h57

Douze militaires ont dérobé l'équivalent de 100.000 euros dans une succursale de la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'ouest. Ils ont été interpellés et rapatriés sur Paris dans l'attente de leur jugement.

militaires français côte d'ivoire

Alors qu'elle œuvre depuis deux ans au maintien de la paix dans la cadre de l'opération Licorne, l'armée française a vu son blason une nouvelle fois terni en Côte-d'Ivoire. Suite à un "contrôle interne", douze militaires ont été interpellés à Man, ville située à près de six cent kilomètres d'Abidjan, dans la zone de l'ex-rébellion qui contrôle le Nord du pays.

Ils sont accusés d'avoir dérobé 65 millions de francs CFA (l'équivalent de 100.000 euros) dans la succursale de la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'ouest (BCEAO), un établissement dont ils étaient en charge de la surveillance. "Comme dans toute communauté humaine, il y a des brebis galeuses. Je peux vous assurer que nous serons intransigeants avec eux, a assuré le colonel Henry Aussavy, porte-parole de Licorne, joint à Abidjan par tf1.fr. A Paris, Gérard Dubois, le porte-parole de l'état-major des armées, a dénoncé "un acte "inadmissible, grave et inacceptable".

Rapatriés dans la capitale ivoirienne en fin de semaine, les militaires, qui devaient être relevés au début du mois d'octobre, ont été placés en garde à vue par les gendarmes. "Ils ont reconnu les faits", nous a affirmé le colonel Aussavy. Conformément aux "traditions" en la matière, un avion a été spécialement affrêté pour les ramener à Paris où ils sont arrivés lundi. "Ils seront soumis à une procédure disciplinaire émanant du ministère de la Défense et jugé par la justice ordinaire comme pour tout délinquant". Une enquête de commandement menée par les gendarmes est en cours pour tenter de tirer au clair cette affaire.

Francs CFA contre diamants

Les soldats indélicats ont-ils été un peu trop "gourmands" ? Ils ne pouvaient ignorer que la BCEAO de Man faisait l'objet d'une surveillance stricte après les vols perpétrés par des ex-rebelles dans deux autres succursales du Nord du pays, en septembre 2003 et août 2004. Dans l'une d'elles, à Bouaké, quatre militaires français avaient déjà profité du pillage pour dérober 38 millions de francs CFA (près de 57.000 euros) alors qu'ils en gardaient les locaux. L'un deux avait pénétré dans la banque et s'était emparé d'un sac contenant de l'argent qu'il a partagé avec trois autres, dont deux tireurs d'élite postés sur le toit de la banque. Ils avaient ensuite demandé à un employé civil ivoirien d'échanger l'argent contre des diamants…

Depuis deux ans, la France a envoyé près de 30.000 soldats pour pacifier la situation de guerre civile qui sévissait entre les troupes gouvernementales et les ex-rebelles. Actuellement, près de 4.000 y sont stationnés.

Image LCI (Archives)

Par Philippe MATHON le 20 septembre 2004 à 19:22
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