© AFPJe décide, il exécute
". Comme elle paraît loin la charge de Jacques Chirac contre son ministre de l’Economie le 14 juillet. A voir la manière détendue avec laquelle Nicolas Sarkozy a pu s’affirmer ce week-end en patron de l’UMP, il a dû se dire des choses importantes la semaine dernière dans le bureau présidentiel. De ces tête-à-tête qui feront date dans l’histoire des deux hommes qui se connaissent aussi bien qu’ils se méfient l’un de l’autre. Et Nicolas Sarkozy l’a confirmé samedi soir en privé. "C’était très important pour moi de parler au chef de l’Etat. Par sa franchise, notre échange a permis ce climat de confiance. L’amitié, c’est aussi accepter l’autre tel qu’il est " confie-t-il, sans en dire plus. Visiblement heureux de l’onction présidentielle, le futur président de l’UMP veut croire pour l’heure que la phase de tensions est refermée. "Depuis quand ne m'avez-vous pas entendu prononcer les mots que j'ai employés cet après-midi vis-à-vis de Chirac ?" explique-t-il. " Un dialogue direct, sans intermédiaire " avec le chef de l’Etat, voilà pour lui la clé de la " confiance restaurée ". Jean-Pierre Raffarin appréciera ce nouveau schéma.De leur côté, les chiraquiens ont déjà choisi de bouder l'UMP sauce Sarkozy. Absents d'Avoriaz tout le week-end, les poids lourds du gouvernement n'ont fait qu'une courte apparition dimanche, aux côtés de leur Premier ministre. Et certains devraient batailler ferme pour imposer leur courant. Jusque là conquérant solitaire, Nicolas Sarkozy va devoir montrer ses talents de rassembleur. Et la tâche s'annonce rude.
" Je ne ferai pas du François Hollande "
Mais le patron de Bercy, qui confie avoir pris sa décision à la mi-août car " elle s’imposait", veut sans tarder consacrer son énergie à " mettre en marche le mouvement ". " Vous savez, nous n’aurons pas trop de deux ans et demi " martèle-t-il, comme pour répondre à ceux qui le voient déjà ronger son frein rue de la Boétie. D’autant que Nicolas Sarkozy n’entend nullement s’enfermer dans les habits gris du chef de parti. " Je ne ferai pas du François Hollande ; critiquer, ça ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse, c’est le débat et l’action ". Pour le débat, il a déjà en tête les thèmes sur lesquels il veut faire réfléchir l’opinion. Pour l’action, il va multiplier les déplacements, à la rencontre des Français. Jeudi, il sera à Roanne pour défendre son accord sur la baisse des prix; dimanche, il tiendra meeting dans le Gard.
Son objectif : donner à la droite la cohérence doctrinale qui lui manquait, avec pragmatisme et sans tabous. Face aux militants, il a rodé samedi son rôle de défricheur en critiquant la frilosité passée de la droite sur le PACS ou encore la sous-représentation des beurs dans nos élites. " Ce qui m’a fait plaisir, c’est l’attention des jeunes pendant mon discours, plus long que d’habitude, et sur des sujets difficiles " insiste-t-il.
" Il faut construire un projet pour 2007-2012 "
Comment concilier jusqu’en 2007 cette vaste entreprise de rénovation avec un soutien loyal au gouvernement ? Nicolas Sarkozy ne compte pas troquer sa liberté pour " un soutien d’habitude ou de discipline ". " Si une mesure n’est ni juste, ni équitable, elle ne sera pas défendue par l’UMP " prévient-il. En privé, il fait remarquer qu’être ministre ne l’a de toute façon jamais empêché de dire ce qu’il pensait.
Reste que sa parole sera désormais celle d’un chef de la majorité tourné vers l’avenir.
" Il nous faut construire un projet pour la législature 2007-2012 car on ne gagnera pas les élections sur un bilan. N’oublions jamais ce qui est arrivé à Lionel Jospin en 2002 " explique-il. L'échec du candidat socialiste alors qu'il occupait la fonction de Premier ministre incite Nicolas Sarkozy à relativiser son éventuel regret de quitter le gouvernement : "il ne peut pas y avoir que des désavantages à cette situation"."Le meilleur pour 2007, c'est Nicolas" |
Les militants UMP réunis à Avoriaz ont réservé un accueil de star hollywoodienne samedi à leur futur président. Impossible pour Nicolas Sarkozy de faire un pas sans bousculades, séances photos ou demandes de dédicaces. "Vous avez vu ça, c'est extraordinaire ce qui se passe ici, s'exclame François, un adhérent de 23 ans. Le meilleur pour 2007, c'est Nicolas." A côté de lui, Pauline, une étudiante de 18 ans explique qu'elle est venue de la vallée pour l'écouter; "j'écoute pas souvent les discours politiques mais là, j'ai suivi. Quand il parle, on le comprend." Chez la plupart des jeunes reviennent les mêmes mots : énergie, conviction, charisme. "Il s'intéresse aux jeunes et j'ai l'impression qu'ils veulent un leadership, affirme Grégory, 27 ans. Son pragmatisme sera une bonne chose pour le mouvement." Chirac doit-il se représenter en 2007 ? "Non car un renouvellement est nécessaire. Douze ans, c'est déjà beaucoup." Rares sont ceux qui n'évoquent pas l'après-Chirac. Même pour ce chiraquien de 24 ans, "le chef de l'Etat devrait tourner la page en 2007 car il faut savoir passer le relais après deux mandats plutôt réussis. Mais comme président, je verrais plutôt Villepin, question de physique, souligne-t-il, mais je me ralliera si’il le faut, au nom de l'union".
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