Le juge Renard sur la sellette

Par Philippe MATHON, le 12 octobre 2004 à 11h13 , mis à jour le 12 octobre 2004 à 13h17

Le Conseil supérieur de la magistrature pourrait prononcer jeudi contre le juge niçois une sanction allant du blâme à la révocation. Un rapport décrit les relations troubles du juge Renard avec le "Milieu" et le pouvoir politique.

juge renard © INTERNE

C'est un rapport qui remet totalement en cause un autre rapport. Peu avant l'été 2003, le garde des Sceaux Dominique Perben avait demandé à l'inspection générale des services judiciaires (IGSJ) de se rendre à Nice pour étudier la situation de l'institution judiciaire tant décriée par son procureur, Eric de Montgolfier. Celui-ci n'avait pas fait mystère de son intention d' "assainir" le tribunal, notamment des influences de la franc-maçonnerie, pointant du doigt le comportement de Jean-Paul Renard, magistrat et franc-maçon, juge d'instruction à Grasse en 1986 avant de devenir vice-président doyen de l'instruction au tribunal de Nice en 1992.

Las. Le rapport des hauts magistrats concluait au contraire que les influences des maçons sur le traitement de certains dossiers, voire la disparition d'autres, étaient inexistantes. Une mutation du bouillonnant procureur avait alors été envisagée par la Chancellerie, celui-ci étant accusé de colporter de simples "ragots".

Mafia calabraise

Mais le rapport commandé par le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), rédigé par le premier président de la Cour d'appel de Versailles, Vincent Lamanda et divulgué dans Le Journal du Dimanche, donne une version diamétralement opposée du fonctionnement de la justice dans le cité des Aiglons. Selon ce document, rédigé notamment sur les trois volumes d'annexes, non publiés et sur des auditions négligées par l'IGSJ, le juge Renard se serait livré, à plusieurs reprises, à un curieux mélange des genres.

Le magistrat aurait entretenu durant une quinzaine d'années des relations privilégiées avec Marcel Allieis, un franc-maçon, ancien membre des services de sécurité d'un chef d'Etat sud-américain, y compris pendant une période où il était en charge de plusieurs dossiers le mettant en cause. Allieis aurait notamment bénéficié de la mansuétude du juge dans une affaire l'opposant à un homme d'affaires libanais. Jean-Paul Renard n'aurait effectué "aucun acte de procédure" dans cette affaire finalement réglée par une transaction amiable par… un policier franc-maçon.  Par ailleurs, des écoutes téléphoniques judiciaires mettraient en évidence que Marcel Allieis "se targuerait de ses relations avec le juge Renard pour faire lever des mandats d'arrêt". Le rapport signale également un "épisode des plus rocambolesques et préoccupants" : la remise d'une somme d'argent par le Niçois Claude Paccavia, soupçonné d'entretenir des liens avec la Mafia calabraise, à un avocat, Me Martinez, dans l'espoir que le juge Renard efface les antécédents de son casier judiciaire. Me Martinez n'étant autre que l'épouse du juge Renard.

"Mensonges éhontés"

Les relations du juge Renard avec les politiques - Michel Mouillot, ex-maire de Cannes condamné dans plusieurs affaires et Charles Ginésy, ex-président du conseil général des Alpes-Maritimes mis en cause dans une affaire financière - sont égalements décortiquées et dénoncées. Au final, le document conclut que les "mensonges éhontés" et les explications "dérisoires au regard des accusations portées contre lui ([le juge Renard, ndlr]" "donnent à supposer une perte des repères déontologiques". Il suggère que de nouvelles enquêtes soient entreprises "tant sur des faits imputables à M. Renard non compris dans la poursuite actuelle qu'à l'égard d'autres magistrats".

Jean-Paul Renard a été muté dans le ressort de Grasse depuis juin 2002. Il comparaîtra à nouveau le 14 octobre devant la formation disciplinaire du CSM qui peut prononcer une sanction allant du blâme à la révocation. Il a été mis en examen en 2001 pour avoir consulté en 1998 et 1999 le casier judiciaire national dans le but de vérifier le profil des candidats à la Grande loge nationale de France (GLNF). Le CSM l'avait alors entendu et lui avait adressé une simple "réprimande". Le jugement a été mis en délibéré au 26 novembre.

Par Philippe MATHON le 12 octobre 2004 à 11:13
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