Juppé en difficulté à la fin des auditions

Par AFP, le 22 octobre 2004 à 20h00 , mis à jour le 23 octobre 2004 à 13h21

Alain Juppé a buté vendredi à Versailles sur les deux cas les plus difficiles, ceux des "époux Cherkaoui". Ayant perduré après la loi de 1995, ils peuvent conduire à une inéligibilité de 10 ans.

juppe versailles

Point particulièrement épineux : les deux emplois de Nouredine et Farida Cherkaoui, militants RPR, sont les seuls sur l'ensemble de ceux reprochés à Alain Juppé qui, parce qu'ils ont perduré après la loi de janvier 1995 sur le financement des partis, peuvent entraîner l'inéligibilité automatique de 10 ans dont il a écopé en première instance.

Les époux Cherkaoui, avaient été rémunérés comme "chargés de mission" à la Ville de Paris jusqu'au 31 janvier 1996. Selon l'accusation, ils travaillaient en réalité à temps plein pour leur parti.

Interrogés par les policiers, ils avaient d'ailleurs reconnu sans fard que leurs emplois étaient totalement bidons. "En fait je n'ai pas travaillé pour le compte de la ville", avait dit Nouredine Cherkaoui. "Je n'avais jamais été concrètement employée par la Ville de Paris mais par le RPR", "mon employeur de toujours", avait dit son épouse.

Entendus par la suite, ils s'étaient rétractés : "mon témoignage a été entièrement rédigé par les policiers", avait notamment dit l'époux. Sauf qu'ici, contrairement à d'autres emplois fictifs, nombre d'autres témoignages viennent attester du fait qu'ils ne travaillaient pas à la Ville.

Réquisitoire mercredi

Ainsi Jean Tiberi, à l'époque 1er adjoint au maire de Paris Jacques Chirac, avait-il déclaré n'avoir "jamais vu les époux à la Ville", tandis qu'une secrétaire, parmi quatre autres témoins allant dans le même sens, s'était rappelée à propos de Nouredine Cherkaoui : "Je le voyais rue de Lille".

Visiblement mal à l'aise, pour la première fois toussant à plusieurs reprises, Alain Juppé n'a pas eu grand chose à apporter à la cour pour contredire ces éléments. "Pourquoi eux disent-ils qu'ils travaillaient pour le RPR ?", lui demande ensuite Martine Ract-Madoux. "la confusion peut venir du fait que pour lui, son patron c'était M. Mécheri, qui était également secrétaire national au RPR", poursuit Alain Juppé.

Selon l'ancien secrétaire général du parti gaulliste, les fonctions "bénévoles" occupées par les époux Cherkaoui au RPR n'avaient rien de "permanent". "M. Cherkaoui n'était certainement pas présent à temps plein au RPR, il n'y avait pas matière", lâche-t-il, crispé. Les débats se sont achevés avec cet interrogatoire. L'audience reprendra mercredi avec la plaidoirie de la partie civile et le réquisitoire.

Mis en cause, Roussin contre-attaque

L'ancien directeur de cabinet de Jacques Chirac à la mairie de Paris, Michel Roussin, mis en cause par Alain Juppé au procès des emplois fictifs du RPR, s'est défendu dans une lettre à la cour d'appel de Versailles en accusant à son tour Alain Juppé de "se défausser sur des tiers". Dans cette lettre qu'il a fait porter vendredi à la présidente de la cour Martine Ract-Madoux, dont Le Monde daté de dimanche révèle la teneur, Michel Roussin fait part de sa "stupéfaction" après les déclarations d'Alain Juppé qui avait estimé jeudi à l'audience que la surveillance du personnel incombait au directeur de cabinet. Il réaffirme sa "position constante", "entérinée tant par le parquet que par le magistrat instructeur", et jusqu'alors "jamais contredite par Alain Juppé", selon laquelle chaque service de la mairie était seul responsable des chargés de mission qui lui étaient affectés.

Par AFP le 22 octobre 2004 à 20:00
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